Vue normale Vue MARC vue ISBD

Le bataillon créole : guerre de 1914-1918 : : roman / Raphaël Confiant

Auteur principal: Confiant, Raphaël, 1951-...., AuteurLangue : françaisPublication : Paris : Mercure de France, 2013Description : 1 vol. (299 p.) ; 21 x 14 cmISBN : 9782715233874.Résumé: Après la Première Guerre mondiale, en Martinique, les proches des jeunes engagés dans ce qui fut appelé le bataillon créole s'interrogent sur ce qu'ils ont vécu au front, les conditions de la mort de certains et le changement des rescapés à leur retour..Code OPAC: LivreSignalement: Ressources en ligne :Accès en ligne Ce document apparaît dans la/les liste(s) : La Grande Guerre
    classement moyen : 5.0 (1 votes)
Type de document Site actuel Collection Cote Statut Date de retour prévue Code à barres
 Livre Livre Marguerite Yourcenar

La bibliothèque Marguerite Yourcenar vous accueille:

le mardi de de 16h à 19h

le mercredi de 10h à12h30 et de 13h30 à 18h

le vendredi de 16h à 18h

le samedi de 10h à 12h30 et de 13h30 à 17h

Adulte
Fiction R CON (Parcourir l'étagère) En transfert de Albert Camus à Marguerite Yourcenar depuis le 10/02/2018 2051508071

Après la Première Guerre mondiale, en Martinique, les proches des jeunes engagés dans ce qui fut appelé le bataillon créole s'interrogent sur ce qu'ils ont vécu au front, les conditions de la mort de certains et le changement des rescapés à leur retour.

Commentaire de Djamal
19/12/2018

Hommage aux soldats français des Antilles, créoles oubliés de l'Histoire ( on se souvient mieux des tirailleurs sénégalais, marocains, algériens...) ; Raphael Confiant remet en mémoire sur la scène de l'Histoire, dans un bourg de Martinique, entre l'horreur des Dardanelles et les tranchées de Verdun, des visages d'hommes et de femmes brisés autant qu'ils furent attachés à la mère patrie.

Des '' Blancs-France '' en uniforme rutilant, galonnés de partout, débarquent à Grand-Anse. On fait battre le tambour dans les quartiers du bourg : la France a besoin de '' chair noire '', de vaillants Nègres frétillant d'aise à l'idée d'aller défendre la '' Mère - Patrie '', là- bas, chez les jeunes blancs...

On imagine la tronche des Patrons désapprouvant le départ pour les champs de bataille, d'hommes jeunes et robustes, main d'oeuvre bon marché, sachant dans leur souci des plantations qu'aucune récolte ne peut se faire avec les seuls travailleurs indiens, trop peu nombreux et souvent malades pour beaucoup...Manière aussi pour ces '' chiens couchants '' de Martiniquais de se révolter contre leur servitude par la conscription, d'échapper à leur condition de misère des plantations.

On envoie aussi à une mort certaine les '' nègres '' pour protéger les autres, les '' Békés '' ( possédants, bourgeois, propriétaires ...) '' Pourquoi le fils de madame Jean-Préval et de madame Sanier n'ont-ils pas été mobilisés ? Ni ceux du quincailler de la Rue-Devant, pense Man Hortense qui a sacrifié un fils sur l'autel de la Patrie, ou du propriétaire du magasin des toileries '' Au Printemps de Paris '', où une robe coûte l'équivalent de dix jours de travail dans les champs, pour une amarreuse telle que moi . Oui pourquoi ? Parce que leurs rejetons sont fils de maire, d'instits et de commerçants aisés ? Dans l'enthousiasme de la conscription, personne, à commencer par moi, Man Hortense, n'avait fait attention à la chose... Les petits jeunes du bourg aux mains de fillettes disent aimer la France mais pas au point de recevoir un coup de baïonnette au mitan du ventre ou d'être enseveli dans les tranchées..le fils du maire parti étudier comme son père, la médecine à Bordeaux...''

Raphael Confiant fait revivre une mémoire brisée, la guerre racontée depuis un bourg, à travers ses personnages : Man Hortense, mère éplorée faisant l'apprentissage de la douleur la plus extrême, la perte de son fils Théodore. Lucianise qui tente d'imaginer son frère jumeau Lucien, parti à Verdun, Euphrasie la couturière en attente des lettres de son mari, Rémilien et celui-ci, instit brillant, prisonnier d'un camp allemand. Ferjule le disloqué, rescapé de la boucherie des Dardanelles...

Certains sont revenus du Front d'Orient, gueules cassées, mutilés qui, de retour, n'intéressent plus grand monde...pour eux une pension d'Etat...Et il y a cette compagnie créole faite du courage d'hommes charroyés en catastrophe dans le Sud de la France, en vue de leur transbordement sous les cieux d'Afrique du Nord, certains destinés à Verdun, d'autres pour le Bosphore . On y tombe comme des mouches dans l'étroit détroit des Dardanelles, sur la presqu'île grecque de Gallipoli, sous le feu des Ottomans alliés des Allemands...

Cette guerre immobile, sans mouvements de troupes ni intervention de l'aviation, cette guerre faite de canonnades sans fin et de loin en loin, de tentatives presque toujours ratées de gagner quelques mètres sur l'ennemi...

Enfin, le soldat créole tue avec ce '' plaisir intense que l'on ressent en enfonçant sa baïonnette dans les génitoires de l'ennemi, car il a aussi des siècles de vengeance à assouvir. Alors, ce dernier laisse tout son corps agir, pas seulement ses bras, emporté par une rage sourde, immémoriale, incontrôlable de toute façon, qui le pousse à s'acharner sur ce corps blanc déjà sans vie...( Ainsi ) la baïonnette qui s'enfonce dans le corps blanc efface d'un seul trait des siècles d'agenouillements, d'humiliation... ''. C'est l' histoire aussi d'une revanche sur l'histoire...

Requiem . '' Le sang créole a abreuvé les sillons de la vieille Europe et les monts écrasés par un soleil scélérat d'Orient. L'impôt du sang a été payé ! Chèrement payé si l'on en croit les litanies de ceux que le destin a épargnés et qui, bardés de médailles, mais le corps souvent esquinté, ont enjambé l'Atlantique en sens inverse. Désormais, dans les chanters rauques du bel-air, dans la doucine des biguines mélancoliques, au déroulé des contes qui surgissent au beau mitan des veillées et, plus discrètement, au creux de vieilles douces mains, comme dit le Poète, des noms tantôt sombres - Marne, Somme, Verdun - tantôt chargés de lumière - Salonique, Marmara, Dardanelles, Bosphore - se sont incrustés. Ainsi d'oubli, il ne sera jamais plus question...''

Hommage aux soldats des Antilles par l'Hymne créole : '' Camarades, le clairon sonne, il faut qu'il ne manque personne. Voici ton heure, Impôt du sang. En avant pour le régiment. De Saint-Martin jusqu'en Guyane, du Morne- Vert à la Savane, France, tous tes enfants sont là. Chantons en choeur l'hymne créole, les Guyanais, les Antillais sont fiers d'être soldats français... Adieu maman, maman chérie, on s'en va servir la Patrie. Presse-moi bien fort dans tes bras, en priant Dieu pour p'tit gars. Et toi, ma brune aux yeux noirs, mon idole, garde en ton coeur nos doux espoirs pendant qu'on fera son devoir ! ''...

Connexion à votre compte pour proposer un commentaire.