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Le maître a de plus en plus d'humour par Mo Yan

Publication : Points . 107 p. 18 x 11 cm

Dans une entreprise en faillite, l'usine Etoile Rouge de fabrication de machines agricoles, un prolo de 60 ans ( maître Ding ), est licencié...à un mois de sa retraite, après avoir trimer pendant 40 ans.Le bonhomme s'interroge : comment rebondir ? Mais pardieu ! avec le concours de son fidèle et malin apprenti ! Ding va se trouver un job très particulier qui lui permettra de remplir ses poches de milliers de yuan...

Maître Yan perché sur son roman, bref mais plein d'humour et de tendresse, pose à travers les aventures du '' très honorable travailleur Ding '', un regard caustique et politique sur la société chinoise contemporaine, pointant la corruption et les abus des officiels dans la Chine communiste d'aujourd'hui, où l'important n'est pas la politique mais l'argent, et penché sur les travers du mâle chinois, nous rappelle le côté '' sombre '' de chacun d'entre nous...Un excellent moment de lecture ( politiquement incorrect ) d'un petit livre rouge empli de maximes chinoises. Ganxié nin de yuedu ! Mo Yan !

Extraits : '' Si l'usine en est là, qu'elle aille se faire foutre, si les vers ne meurent pas de faim sous terre, jamais nous autres de la classe ouvrière ne mourrons de faim...'' '' Les ouvriers flottants ( mingong ) sont des paysans qui se déplacent de ville en ville à la recherche d'un travail '' '' Elle avait le visage tout rouge et ses yeux brillaient de mille éclats, tels ceux d'une parole qui vient de pondre un oeuf ''.

Ayant perdu confiance dans le communisme depuis 1989 ( et la répression de Tian anmen), Mo Yan ( prix nobel de littérature 2012 ), rappelle dans ses oeuvres que toute la paysannerie ( thème central ) fut maltraitée par les communistes. Sous Mao, ce sont les campagnes qui ont payé la première industrialisation du pays tandis que de nos jours, ce sont les enfants de paysans ( les '' mingongs '' ) qui ont de fait financé et bâti le boom économique.

'' En Chine, un bon écrivain n'entre pas en conflit direct avec le gouvernement. La critique de la société doit se cacher derrière l'Histoire, derrière la langue. Bien sûr, les écrivains peuvent aussi écrire '' J'accuse '' comme Zola, mais ce n'est pas de la littérature, c'est une attitude politique d'un écrivain...''

Ajouté 20/11/2018 par Djamal

La cote 512 par Thierry Bourcy

Publication : Gallimard . 1 vol. (253 p.) 18 x 11 cm

Le jeune Celestin Louise, enquêteur à la Brigade criminelle de Paris, très apprécié de ses supérieurs, engagé à Verdun, en première ligne sous la férule du jeune lieutenant Paul de Mérange, assiste au cours d'un assaut à une scène étrange : la mort de l'officier tué d'une balle dans le dos venant de son propre camp, tandis que sur le front, on tente, entre deux assauts, de stabiliser les positions, l'état-major semblant satisfait d'avoir gagné 200 mètres ( un grand maréchal parlerait de '' tactique de grignotage '' ). Les soldats s'interrogent auprès de Louise : certes, un mort de plus, mais à quoi bon chercher un coupable dans les tranchés ?

Le policier reprend le dessus, Louise obtenant une permission l'autorisant à se rendre auprès de la veuve pour en savoir davantage, sachant ( comme elle ) que de Mérage fut homme à femmes...Pourrait-on alors imaginer dans l'enfer des tranchées ( mais la jalousie comme les sentiments ont-ils à faire là-bas, sur le front de l'armée ? ) un crime passionnel ? Polar, polar ! après Tranchecaille, l'enquête passionnante avec le verbe et le style ! Mais oui mais non, pas vraiment…

Car '' côte 512 '' est d'abord un roman de guerre, trop bref pour apprécier les personnages , sur une intrigue simpliste ( Sur 12 chapitres , les premiers donnent à l'ouvrage un aspect documentaire : la guerre, exercices et manœuvres, au front, l'assaut, avant l'enquête ). Mais s'agissant du premier volume d'une série, on peut comprendre et supposer que les personnages s'étofferont par la suite. Une façon de traiter du Conflit par le polar, avec du style…

Au pays des mille fromages et des prix littéraires ( près de deux mille en France ! champion du monde devant le Japon ), '' Côte 512 '' ( vol 1 ), a obtenu le Prix Grand Témoin de la France Mutualiste ! ( 2005 ). Par Thierry Bourcy, scénariste pour la télévision et le cinéma, créateur de Célestin Louise largué dans des aventures-prétextes de faire revivre une période tragique de l'Histoire. Bon voyage sous les obus, dans les tranchées de Verdun….

Ajouté 20/11/2018 par Djamal

Capitaine Conan par Bertrand Tavernier, réal., scénario

Publication : Canal + vidéo [éd.] | Universal pictures video France SA [distrib.] . 2 DVD vidéo monofaces double couche zone 2 (2 h 07 min) 24

Après la guerre, on espère '' la der des der '', après l'armistice du 11 novembre et pourtant après la guerre, malgré l'Armistice, c'est toujours et encore la guerre pour certains, pour le capitaine Conan ( un césar pour Philippe Torreton ), et ses soldats qui, jusqu'en 19, abandonneront l'armée d'Orient sur le front des Dardanelles, sur le terrain accidenté des Balkans.

Bertrand Tavernier ( pour qui le passé doit toujours éclairer le présent ), s'est inspiré des guerres du Vietnam et de Bosnie, filmant avec rage ( et il nous plonge dans la mêlée ), les combats au corps à corps innommables, les assauts où les soldats se retrouvent pétrifiés debout après une pluie d'obus, en même temps qu'il montre les lubies d'un état-major soucieux d'abord de l'horaire des repas, et l'absurdité d'une justice militaire qui condamne les braqueurs ... de couverture, et ne marque jamais le pas.

Adaptation du roman de Roger Vercel, scène touchante d'une mère cherchant son déserteur de fils jeté trop jeune dans ce merdier. Film dédiés aux oubliés de l'Histoire...si vous les aimez....



Ajouté 17/11/2018 par Djamal

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Didier, la 5e roue du tracteur par un récit de Pascal Rabaté

Publication : Futuropolis . 1 vol. (79 p.) 30 x 22 cm

Une BD super drôle à lire pour passer un bon moment Ajouté 17/11/2018 par Nathalie

Tranchecaille par Patrick Pécherot

Publication : Gallimard . 294 p. 23 x 16 cm

Bienvenu chez Tranchecaille et installez-vous entre les interrogatoires d'un soldat, la guerre en première ligne, les mutineries à l'arrière et les permissions de Jonas à Paris auprès de sa '' marraine '' ( pour le réconfort ). Alors que la guerre fait rage, ce deuxième classe ( 334èm régiment d'infanterie ) va passer au tourniquet, accusé d'un double meurtre ( son lieutenant et sa '' marraine '' septuagénaire ), et tandis que l'inspecteur Bohman disposera de 48 heures pour percer le mystère, le capitaine Duparc souhaitera un procès équitable : ni cour expéditive, martiale et sommaire. '' A-t-on songé à l'effet que produira sur l'Arrière le récit lamentable d'un déséquilibré ? Priorité à la cohésion des troupes et la discipline. Brisez les mutineries. Il faut casser net toute tentative de fraternisation avec l'ennemi...On commence par s'échanger du chocolat, on finit par zigouiller ses supérieurs .Le linge sale se lave en famille et celui-là aura sa lessive...'' Parole d'un officier supérieur...

L'accusation est fragile en l'absence de témoignage sérieux. Les interrogatoires débutent : accusés, officiers puis soldats fraternels...Jonas ? Un simulateur ? Un réfractaire ? Un sournois ? Tire-au-flanc ou '' pauvre type '' dont l'avenir tient sur un poteau d'exécution ?

'' S'ils s'obstinent, ces cannibales, à faire de nous des héros, ils sauront bientôt que mes balles seront pour nos propres généraux ...''

Pendant ce temps, le conflit s'éternise, en première ligne, l'offensive du général Nivelle ( avril 17 ) tourne à l'hécatombe : 40 000 morts le premier jour, sur le Chemin des Dames. Offensives / contre offensives... Les généraux jubilent à l'arrière, planqués derrière leur bureau : les vagues d'assaut auront gagné 100 mètres ! Alors un communiqué annoncera une percée foudroyante...

Pour une histoire de pantalon ( un peu trop large pour lui, trop compliqué pour le combat ), une altercation a opposé Jonas à son lieutenant et sa situation s'est aggravée lors qu'il fut accusé ( en plus des meurtres ), d'avoir trempé dans une mutinerie...

'' Que Jonas soit innocent, ils s'en moquent. Ils l'ont déjà condamné. Mais si Jonas est coupable, croyez-vous que le major ne l'est pas, lui aussi pour l'avoir renvoyé en ligne dans son état ? Et au-dessus du major, ceux qui font qu'un homme est capable de ça ? Et cette saloperie où l'on nous a jetée, mon capitaine, qui la jugera ? ''.

L'armée abrite suffisamment de mauvais esprits pour s'en débarrasser et juguler le désordre. Le conseil de Guerre pour l'exemple : la sinistre farce...Marne septembre 14, Verdun 1916, Nivelle 17, la guerre et le sentiment d'être pris pour de la chair à canon...

Ajouté 14/11/2018 par Djamal

Le livre que je ne voulais pas écrire par Erwan Larher

Publication : Quidam éditeur . 1 vol. (259 p.) 21 x 14 cm

S'il fut au départ réticent à écrire un livre pour raconter le drame du Bataclan le 13 novembre 2015, Erwan Larher ( l' un des survivants ), préféra convoquer son statut de romancier pour faire, bien plus qu'un simple témoignage ( avec chronologie des faits ), un objet littéraire singulier doublé d'une réflexion autour du Bataclan.

Intégrant le style, l'alternance des points de vue, il passe du '' je '' au '' nous '' ( pour dire que l'Histoire est une affaire de '' nous '', '' de combinaisons de ressentis en direct '' ), et ajoute des textes ( avec intitulés '' Vu du dehors '', écrits par des proches et des amis ) ce qui lui permettra de '' s'extraire '' du drame pour être cet autre se regardant du dehors. Alors avec beaucoup de distance, sans pathos ni voyeurisme, Erwan Larcher se met à nu, étalant ses souffrances, les suites opératoires, les craintes pour son intégrité physique...

Mais que dire quand son sort est si enviable, comparé à ceux qui ont laissé la vie, perdu un proche, ou une partie d'eux-mêmes ? Puis vient la réflexion : pourquoi et comment le geste des '' terroristes ''? L'auteur prend de la distance pour interroger les auteurs de l'attentat afin d' essayer de les comprendre en redessinant leur portrait, imaginant l'histoire et le parcours de chacun.

S'il est bien conscient que '' la littérature n'arrête pas les balles, par contre elle peut empêcher un doigt de se poser sur la gâchette. Alors '' peut-être faut-il tenter la paix ''. Et l'écrivain de conclure en donnant sa réponse à la barbarie : l'amour des proches, l'amour humain et l'amour universel....Hommage aux victimes.

'' Je suis un romancier. J'invente des histoires. Des intrigues. Des personnages. Et, j'espère, une langue. Pour dire et questionner le monde, l'humain. Il m'est arrivé une mésaventure, devenue une tuile pour le romancier qui partage ma vie : je me suis trouvé un soir parisien de novembre au mauvais endroit au mauvais moment; donc lui aussi...''

Ajouté 13/11/2018 par Djamal

Paroles de poilus

Publication : France-Inter | Soleil . 117 p. 30 x 23 cm

Très bel album compilant vingt lettres de poilus, adaptées par des auteurs de BD et regroupées de manière thématique, selon le cycle '' poilu '' des saisons, '' les poilus vivant au rythme de la chaleur et du froid, du soleil et de la pluie, de la brume et du vent, du jour et de la nuit. Première été : saison du baptême et du feu. Automnes : saisons ensanglantées, de la mort et du pourrissement. Hivers, saisons de misère, de la froidure et des pieds gelés, saison de l'attente. Printemps, saison à contre-pied, saison du cafard et de la nostalgie. Etés, saison des amours à distance, saison des aveux que l'on n'avait jamais osé exprimer ''.

Une anthologie sur le thème des soldats de la Première guerre mondiale, 15 dessinateurs proposant chacun sa version iconographique des témoignages de Poilus.

Extrait : '' La foi me manque; j'ai une foi stérile et creuse. Elle ne sert pas de moule à ma vie. Elle n'entretient pas une mystique à mes actions. Elle n'éveille qu'occasionnellement ma soumission. Mes nerfs crient et se froissent à certaines imaginations et dans mon chaos, je ne trouve de causes et de raison à mes souffrances que le besoin de jouir et de paraître chez mille qui ne sont point à la peine...Je suis trop sale et j'ai trop de poux. Je ne peux croire que c'est le fumier qui fait la rose et que notre pourriture acceptée par le camp et la tranchée, que notre révolte, que notre douleur feront de la justice ou du bonheur. Et quel égoïsme de dire à son frère : tu mourras pour que je sois heureux ! N'est-ce pas là toute la guerre et ce calcul n'est-il pas le squelette effarant qu'on cache sous les oripeaux d'honneur, de devoir militaire, de sacrifice ? Chaque putain de guerre représente les mille douleurs de celui qui la porte, mille morts de ceux que le combat a fauchés, et les mille jouissances des ventres et des bas-ventres de l'arrière. Voilà ce qu'elle crie cette putain de guerre : Celui qui me porte est un naïf qui croit que les mots cachent des idées, que les idées feront du bonheur, et qui n'a pas vu quelles bacchanales son dévouement derrière le mur formidable des discours, des proclamations, des compliments et de la censure... ( Henri Aimé Gauthé, soldat de 2nd classe, fils de limonadier ). Ajouté 12/11/2018 par Djamal

Paroles de poilus par sous la dir. de Jean-Pierre Guéno et d'Yves Laplume

Publication : EJL . 187 p. 21 cm

Hommage aux véritables acteurs de l'Histoire, tous ces p'tits gars ( et tristes figurants ), victimes d'une hiérarchie militaire incompétente '' qui brillait encore par le culte du sabre et de la baïonnette et par le mépris de l'artillerie lourde ''.

La parole individuelle de ces poilus a le mérite de faire mentir l'histoire officielle véhiculée par les Etats et par la presse qu'ils ont asservis. Le contenu des lettres ( et journaux intimes ) a eu raison des communiqués officiels rédigés pour emballer l'opinion publique, et forger l'âme guerrière des futurs conscrits, et rassurer les mères et les veuves.

Avec cette version librio, '' Paroles de poilus '' a été vendu à plus de 1,5 millions d'exemplaires et fait parti aujourd'hui des programmes scolaires.

Ces lettres fortes et touchantes qui dormaient au sein de leurs archives familiales, racontent une autre guerre parfois très différente des clichés lénifiants de nos manuels d'histoire, et nous font entendre la vérité des mots écrits et prononcés par les parents de nos parents, nous font entendre '' les vibrations de l'âme de chacun en même temps qu'elles nous décrivent les scènes de son martyr '', chacun immortalisant par l'écriture, sensations, émotions, états-d'âmes et cris de détresse. Souffrance et sentiment de révolte devant l'incompétence et le manque d'humanité des états-majors...Poilus sans illusion sur le fondement réel du conflit, comprenant très vite que cette guerre n'avait pas de sens, mais accomplissant leur '' devoir '' avec un courage surhumain.

Aout 1914: la propagande battait déjà son plein et beaucoup d'hommes ordinaires ne s'y laissaient pas prendre et ne comprenaient pas très bien ce qui leur arrivait lorsqu'ils quittèrent soudainement dans l'angoisse leur famille et leur emploi . 8 millions de Français mobilisés dont 2 millions ne revirent jamais le clocher de leur village natal.

Ils avaient 17, 25, 30 ou 40 ans, étaient palefreniers, arpenteurs, boulangers, employés, instits, vachers, chaudronniers, cheminots, facteurs, intellectuels, ouvriers, bourgeois, aristocrates, bourreliers... Cris de l'âme confiés à la plume et au crayon : ils s'appelaient Gaston, Jean, Auguste, Marcel, Louis, Alexandre, Edmond, Martin, Albert, Henri, Roger, René. Témoignages écrits à la hâte, dans le feu de l'action,Paroles de Poilus. Ajouté 12/11/2018 par Djamal

Otto Dix par Eva Karcher

Publication : Flammarion . 96 p. 28 x 22 cm

il a peint les mendiants, les prostituées, les paysages torturés, le sexe et le corps, mais profondément bouleversé par les horreurs de la guerre et sa participation au Conflit ( engagé dans l'artillerie, dans les campagnes, sur le front ouest et en Russie en 17-18 ), le peintre allemand Otto Dix ( 1890-1969 ) utilisera son art expressif / expressionniste ( gravures, eau-fortes, dessins et peintures ) comme moyen de dénonciation de la guerre. Parmi ses oeuvres connues, le joueur de skat, le cul-de-jatte de la rue de Prague, le célèbre tryptique '' la guerre '' .

Otto Dix dessine pendant les combats des croquis, s'installe à Dresde après la Guerre, devient enseignant aux Beaux-Arts, chassé de son poste en 33 par les Nazis, ses oeuvres considérées comme '' dégénérées '', retirées des musées et parfois détruites. Il sera reconnu au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale comme l'un des plus grands artistes de son temps.

En peignant de manière féroce ( et parfois avec humour et grotesque ) la souffrance et le mal de vivre, en étudiant les pulsions de l'âme humaine, l'expressionniste revit ses souvenirs de guerre dans tous leur détails. Ces oeuvres sont ainsi l'expression de vérités éternelles sur l'anéantissement, les souffrances et les tourments de la mort, le traumatisme hantant ses toiles. Peintre aussi '' des plaies sociales et politiques '' que l'histoire laissa à l'Allemagne après l'Armistice.

Ajouté 11/11/2018 par Djamal

Mauvais genre par Chloé Cruchaudet

Publication : Delcourt . 1 vol. (159 p.) 27 x 20 cm

Destin tragique de Paul Grappe devenu Suzanne Landgard, soldat exemplaire puis déserteur. A peine marié, Paul expédié au Front, traumatisé par les horreurs, déserte puis se planque à Paris dans une chambrette avec sa moitié et ne supportant plus l'enfermement, sort en travesti un soir, robe sur talons aiguilles, et pendant 10 ans, dans l'attente d'une amnistie, mènera la vie d'une femme troublante / séduisante ( bien consciente de l'absurdité de la situation ), au risque de se perdre dans l'ambiguité et la confusion des genres...

Paul Grappe entame alors une vie d'excès et d'expérimentations pour oublier, oublier cette putain de guerre, bien conscient de la folie qui rôde.

Voilà l'un des épisodes les plus subversifs jamais entendu sur la Grande Guerre, brassant les questions des traumatismes vécus au front, de l'homosexualité, du genre et de la difficulté des sentiments amoureux. Un événement à dimension politique, social et '' people '' avant l'heure, très bel album aussi, couronné de nombreux prix ( son ambiance, le graphisme et les couleurs...), immersion garantie si vous souhaitez découvrir cette '' drôle '' d'histoire, tragique et bouleversante, adaptée au cinéma sous le titre de '' Nos années folles '' ( André Téchiné ).

Ajouté 10/11/2018 par Djamal

Demba Diop par scénario TemPoe

Publication : Physalis . 1 vol. (48 p.) 33 x 24 cm

Deux frères, Demba Diop et Sékou, courageux, droits et forts, sont contraints de quitter vie douce, ferme, bétail et famille, renforcer ( au détriment des populations africaines ), les rangs des régiments englués dans les tranchées, sur le front de Verdun ( année 1916 ), et qui malgré le froid, la merde et les rats, effrayés par les combats, donneront le meilleur d'eux-mêmes pour honorer leur peuple et la grande nation de France. André Maginot, ministre des colonies recrute donc ( et quel qu'en soit le prix ) au sein des colonies, contrat à durée indéterminée : '' vous aurez de quoi manger, des vêtements neufs ainsi qu'une prime d'engagement de 50 francs... Alors, Sénégalais, Maliens, Toucouleurs, Marocains, Nigériens, Antillais, Tunisiens, qu'ils viennent du Bénin, de Chine, de Mauritanie, d'Indochine ou du Burkina - Faso, tous ont embarqué sur un bateau... '' Ce n'est pas notre guerre ! C'est notre guerre ! Pourquoi on se bat ? Est-ce notre guerre ? ''

Parole d'un caporal du dernier assaut : '' C'est l'impôt du sang ! le sang noir doit épargner le sang blanc. Ils ne sont pas vraiment considérés comme français mais en première ligne pour la France ! C'est ça qui est beau !...De la chair à canon premier choix ''.

Demba Diop ( 1er corps d'Armée coloniale du Général Mangin, considéré comme troupe de choc), et ses camarades combattront souvent en première ligne en participant à l'offensive du Chemin des Dames ( 6 Avril 17, 15 000 morts en quelques jours avec mutineries dans les régiments ), avant d'être utilisés à l'arrière ( décision de Pétain ) en parti pour le maintien de l'ordre.

Dernière vague de recrutement depuis les terres africaines, en janvier 18, afin de contrer l'ultime offensive allemande de mars. Les tirailleurs et leur fameux coupe-coupe participeront aux offensives qui obligeront les Allemands à demander l'Armistice le 11 novembre 1918.

Compagnies de tirailleurs " sénégalais '' crées en 1857, hommage à la '' Force Noire ''. '' Passant, ils sont tombés fraternellement unis pour que tu restes français '' ( Léopold Sédar Senghor : Poète et Président du Sénégal ).

Ajouté 10/11/2018 par Djamal

Facteur pour femmes par scénario Didier Quella-Guyot

Publication : Bamboo . 1 vol. (112 p.) 30 x 22 cm

Histoire sensible du Conflit vu depuis l'arrière, sur une île bretonne où ne restent plus, lorsque sonne le tocsin ( 1er Août 14 ), qu' enfants, femmes et vieillards et un petit bonhomme que son pied bot a réformé. Les hommes partis au front, les femmes esseulées désormais ( ou presque ) qui les suppléeront. Il leur faut porter les nouvelles, Maël s'en chargera, promu '' facteur / confident '' ( très proche parfois ) de ces '' belles '' ( pleines d'envies ) qui, volages , s'émanciperont et se tourneront vers lui ...La honte de l'infirmité n'étant plus qu'un souvenir. rêve au milieu d'elles ! Maêl sur son pied bot, '' chasseur / facteur '' d'envie et de métier, Maêl le plus beau sur des planches simples et magnifiques rendant hommage à toutes ces femmes. Ajouté 10/11/2018 par Djamal

Les sentiers de la gloire par Stanley Kubrick, réal., scénario

Publication : [Fox vidéo [éd.]] | [Fox Pathé Europa [distrib.]] . 1 DVD vidéo monoface zone 2 (1 h 24 min) 24

Un général carriériste sur l'ordre d'un autre, convaincu que seule une victoire spectaculaire pourrait sauver sa '' triste '' réputation, ordonne à un colonel ( dépité ) une offensive contre une position allemande jugée imprenable, folie avant massacre, quand '' les sentiers de la gloire ne mènent qu'à la tombe ''...L'offensive ayant échouée, après le retour d'une poignée de survivants, le régiment est accusé de lâcheté et pour l'exemple, le général Mireau fera passer au conseil de guerre 3 soldats choisis au hasard pour être fusillés au poteau.

Description de la folie des hommes, de jeunes soldats ( '' petites gens '' ) envoyés en première ligne sous la mitraille ennemie - paysans, instits, employés, ouvriers - souvent mal préparés physiquement et mentalement . Impossible d'en sortir indemnes ( et si marqués, que pour ceux qui ont épouse, au retour du conflit, le nombre de divorces explosera ! ). Stanlley Kubrick dénonce dans ce classique inspiré du roman d'Humphrey Cobb ( 1931 ), et de faits réels, cette mascarade sanglante comme la cruauté irresponsable de ces chefs confortablement planqués à l'arrière tout en se targuant d'avoir joué un rôle décisif dans leur prétendue victoire. Ceux-là ne mourront jamais...Film distribué en France en 1975, après 18 années de censure. A la mémoire des fusillés... Ajouté 10/11/2018 par Djamal

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Le chemisier par scénario & dessin Bastien Vivès

Publication : Casterman . 1 vol. (204 p.) 28 x 19 cm

Bastien Vives aime les gros nichons. Ce surdoué prolifique ( auteur récemment du très sensible '' Une soeur '' ), le montre bien dans sa nouvelle production, ou comment un simple bout de tissu va du jour au lendemain transformer / basculer l'existence d'une étudiante de lettres effacée en femme fatale et désirable et plus visible. Soit l'émancipation par l'artifice ( et l'imposture ) d'un super-chemisier.

O Sainte-Séverine par tous les seins formidables, toi qui jusque là menait une vie calme et sans relief sous la férule d'un copain négligeant plus attaché aux séries télé et jeux vidéos qu'à ta noble personne ...

Quand elle se voit un soir de baby-sitting attribuer un chemisier de soie, la terne mignonnette est métamorphosée en princesse au sex appeal assumé, l'assurance chevillée au corps. Le doux moment de reprise en main : maintien de reine, épaule redressée, poitrine XL dégagée, en évidence, offerte au ciel comme deux obus de 14 ! L'incroyable cadeau qu'elle se fait ! A faire souffrir les mâles ( et leurs yeux qui parlent ) sur son passage, qui jusque là l'ignoraient, pétrifiés entre douleur et béatitude : O Sainte-Séverine par tous les seins...

L'histoire est seinple ( simple ) et seinsible, le trait épuré, dépouillé fluide, tout le charme et le style de Vives ...

La jeune femme se découvre alors un pouvoir inattendu qu'elle entend bien exploiter / expérimenter, prenant plaisir au jeu de la séduction sans en connaître les règles. C'est toute l'ambiguité / l'ambivalence de la situation : libre de '' jouer '' et de '' jouir '', quand le chemisier la révèle et l'émancipe ( ne fut-elle pas négligée par son geek de petit ami ? ). Mais consciente dans ses aventures ( elle assume ) du regard que les hommes portent sur elle, remplis d'elle, objet sexuel ( ? ), obnubilés par ses formes, sublimée par le chemisier, consciente, schizophrène et paumée, d'être vue comme une focale...

Sous le chemisier de Séverine, des mâles pathétiques et le trait sensible de Vivès qui transforme tout ce qu'il touche en images d'une délicatesse infinie... Peut-être une ode à la sensualité...

Ajouté 08/11/2018 par Djamal

Frère d'âme par David Diop

Publication : Seuil . 1 vol. (174 p.) 20 x 14 cm

Roman bref mais grand et beau témoignage ( à la première personne ) voulant rendre hommage en ces temps de célébration mémorielle aux tirailleurs '' sénégalais '' morts pour la France. David Diop s'inspirant de lettres de poilus ( Il n'existe aucun témoignage écrit de tirailleurs ), imagine son histoire sous la forme d'un psycho-récit, deux jeunes, Alpha Ndiaye et son '' plus que frère '' Mademba expédiés dans la boucherie par la folie des officiers. Diop cherche à retranscrire l'émotion du premier après la mort de son compagnon, quand il perd la raison, se venge, fait sa propre guerre, semant l'effroi au point d'effrayer ses camarades, ajoutant sa barbarie artisanale ( au coupe-coupe ) à la barbarie occidentale d'une guerre industrielle.

Après avoir mis son coeur à nu ( ce qu'il pense du conflit, la '' France reconnaissante '' et son capitaine...), jamais remis de l'agonie de son '' plus que frère '' qui le suppliait de l'achever, Alpha Ndiaye est rapatrié sur les lignes arrières, évoquant alors sur le ton de l'incantation ses souvenirs de jeunesse.

Avec ses mots et sa douleur, le '' Frère d'âme '' de Ndiaye est comme le chant tragique du conte guerrier d'un homme qui devient conscient et sujet à l'instant même où meurt son '' frère '', conscient de ce que la '' France reconnaissante et ses officiers '' attendaient des '' troupes chocolat '', de l'incitation à la barbarie ( l'invention du tirailleur '' sénégalais sauvage '' pour faire peur à l'ennemi tandis que la propagande allemande reprocha à la France d'avoir introduit avec ses '' indigènes '' la barbarie ).

Ndiaye s'est libéré de l'injonction, du respect des traditions ancestrales alors même que les usages n'ont plus court dans les tranchées ( '' Quand je sors du ventre de la terre ( la tranchée ), je deviens inhumain par choix '' ), le '' monstre Ndiaye '' de retour après chaque expédition avec une main de l'ennemi '' aux yeux bleus '' ( son rituel ) fixée sur son arme, coupée à la machette...

Douleurs portées dans une langue simple par l'auteur ( dont l'arrière grand-père fut tirailleur ), sur le ton de l'incantation, David Diop apporte un autre regard sur ce grand massacre en redonnant un visage, une voix et une humanité aux soldats envoyés à une mort certaine. Hommage donc '' sous le ciel bleu froid sillonné de métal '' à Ndiaye et Mademba et aux tirailleurs '' Sénégalais '' morts pour la France...

'' Quand on leur dit de faire les sauvages pour faire peur à l'ennemi, c'est '' oui ''. Le capitaine leur a dit que les ennemis avaient peur des Nègres Sauvages, des cannibales, des Zoulous, et ils ont ri. Ils sont contents d'oublier leur propre peur. Alors, quand ils surgissent de la tranchée leur fusil dans la main gauche et leur coupe-coupe dans la main droite, ils posent sur leur visage des yeux de fous. Le capitaine leur a dit qu'ils étaient de grands guerriers, alors ils aiment à se faire tuer en chantant, alors ils rivalisent entre eux de folie. Un Diop ne voudrait pas qu'on dise qu'il est moins courageux qu'un Ndiaye, et c'est pour ça que dès que le coup de sifflet strident du capitaine Armand le commande il sort de son trou en hurlant comme un sauvage. Même rivalité entre les Keïta et les Soumaré. Même chose entre les Diallo et les Faye, les Kane et les Thioune, les Diané, les Kourouma, les Bèye, les Fakoli, les Sall, les Dieng, les Seck, les Ka, les Cissé, les Ndour, les Touré, les Camara, les Ba, les Fall, les Coulibaly, les Sonkos, les Sy, les Cissokho, les Dramé, les Traoré. Tous vont mourir sans penser parce que le capitaine Armand leur a dit '' Vous les Chocolats d'Afrique noire, vous êtes naturellement les plus courageux parmi les courageux. La France reconnaissante vous admire. Les journaux ne parlent que de vos exploits ! '' Alors ils aiment sortir ventre à terre se faire massacrer de plus belle en hurlant comme des fous furieux, le fusil réglementaire dans la main gauche et le coupe-coupe sauvage dans la main droite. Mais moi, Alfa Ndiaye, j'ai bien compris les mots du capitaine. Personne ne sait ce que je pense, je suis libre de penser ce que je veux. Ce que je pense, c'est qu'on veut que je ne pense pas...''. Ajouté 07/11/2018 par Djamal

Téhéran Tabou par Ali Soozandeh, réal.

Publication : Universal / ARP Sélection . 1 DVD vidéo (1h 36 min) 24

Rien de nouveau sous le ciel iranien peuplé de corbeaux noirs : les mollahs et leur islam rabat-joie (sur)veillent et l'on peut deviner la réaction du Régime au sujet du film : une exploration de la sexualité à travers les trajectoires entremêlées de trois femmes et d'un jeune musicien ( plutôt '' classe moyenne '' ), tous avides de liberté et tous sous restrictions religieuses plombant l'intime. Histoires de sexe ( et de misères sexuelles ), de drogue et d'alcool dénonçant l'hypocrisie et la violence d'un système schizophrène sur une société qui sait résister par la ruse et l'imagination pour vivre un semblant de liberté. Impossible à tourner en Iran ( censure oblige ), le film fut réalisé ( quand l'art se nourrit de contraintes ) en rotoscopie : acteurs sur fond vert redessinés dans des éléments de décor mêlant 3 D et graphisme. C'est la valeur ajoutée de ce grand film politique et intime. Ajouté 06/11/2018 par Djamal

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Miss Peregrine et les enfants particuliers par Tim Burton, réal.

Publication : FPE . 1 DVD vidéo zone 2 ( 2h03 min) 24

Dans l'univers PARTICULIER de Tim Burton....Après la mort de son grand-père, Jacob part à la recherche d'un monde étrange dont parlait le vieil homme, découvrant dans un lieu secret du Pays de Galles un obscur orphelinat peuplé d'enfants doués de singulières qualités : ainsi d'une fillette plus légère que l'air, un, mangeant par la nuque, un autre spécialisé dans la pousse de plantes géantes, tel autre crachant des abeilles, tel autre encore, gamin invisible...et tous menacés par les hologasts, démons-pieuvres particulièrement toxiques...Là, Jacob comprendra que sa propre particularité pourra sauver ses nouveaux amis...

Voici l'adaptation jouissive du best seller de Ramson Riggs ( sans l'acteur fétiche de Burton, Johnny Depp ! rare ! ), entre '' la Famille Addams '' et '' Alice au pays des merveilles '', Burton ( admirateur d'écrits lugubres d'Edgar Poe ) sublime un univers tenant de l'hallucination et du conte de fée ; son monde inquiétant et funeste peuplé d'ambiances sombres et macabres, '' gothiques '' ( Souvenez-vous des mariés mélancoliques des '' Noces Funèbres '') .... Imaginez dans la semi-obscurité d'une salle d'exposition, aux côtés de monstres pervers et d'hideuses fantasmagories, des corps blafards en souffrance se détachant sur des arrières plans de feu et d'ombres...Des paysages âpres et solitaires...Du Romantisme noir...et très bon divertissement familial.

Ajouté 06/11/2018 par Djamal

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Octobre 17 par scénario Patrick Rotman

Publication : Delcourt . 1 vol. (98 p.) 27 x 20 cm

Excellente BD, détaillée mais claire, exposant un événement majeur de l'Histoire ( la date reste dans les mémoires), '' la glorieuse révolution prolétarienne '' d'Octobre 17 qui par un coup d'Etat mené par le leader bolchévique Lénine ( de son vrai nom, Vladimir Illitch Oulianov ), accouchera aussitôt d'un des plus grands régimes totalitaires....

La BD contextualise, remonte à la révolution avortée de 1905 ( qui fut une répétition ), avant d'aborder les deux temps forts de la Révolte dans un Empire en guerre ( 14-18 ), allié de la France et du Royaume-Uni mais subissant dès l'entrée des désastres militaires.

Acte 1 : Février 17, une situation rappelant celle de la France de 1788-89 . Climat social tendu : femmes, ouvriers, chômeurs, étudiants réclament du pain et du travail tandis qu'à l'arrière l'on manque de tout et que grandit le mécontentement. La famine guette, le '' peuple '' de Pétrograd se soulève et contraint le Tsar à démissionner. Fin de trois siècles d'un régime autoritaire. S'ensuit une période de gouvernement provisoire ( '' bourgeois '' ) jusqu'en Novembre 17 ( qui poursuit la Guerre ), contesté par les soviets réclamant la paix immédiate...

Acte 2 : Octobre 17, Lénine ( chef des bolcheviques) et Trotski ( président du soviet de Petrograd ), pensent que le moment est venu de prendre le pouvoir au nom du peuple, organisant le coup d'Etat qui installera le gouvernement communiste en proclamant la dictature du prolétariat : '' Pas de république parlementaire, mais une démocratie ouvrière ( démocratie pour les pauvres ) sous la direction des soviets ''...Premières mesures : le décret sur la paix et sur la terre, l'abolition de la propriété privée...

La suite évoquée par Rotman est moins glorieuse : le déclenchement d'une guerre civile par les adversaires du nouveau régime ( bourgeois et propriétaires terriens ) et la répression rouge ( la Terreur ) : 8 millions de morts en 21 dans un empire ravagé : Lénine triomphe, posant les bases du régime soviétique en rupture avec la démocratie libérale, puis à sa mort ( en 24 ), Staline gouvernera en dictateur dans un totalitarisme de classe...

Question : toute insurrection serait-elle porteuse d'une seule pulsion totalitaire ? ( C'est la thèse des '' détracteurs '' réduisant la révolution au goulag ). Pourtant, des deux temps forts racontés par Rotman, Février 17 mérite véritablement le nom de Révolution car issu d'un mouvement populaire portant des aspirations de paix, de liberté ( contre l'autoritarisme tsariste ) et de fraternité ( la thèse, ici, contre la suspicion de ceux qui réduisent la révolution au goulag )...

Enfin, Rotman choisit un angle de vu particulier pour traiter le sujet, voulant nous immerger dans l'intimité de ceux qui ont mené la Révolution, à l'origine des fondations de l'empire soviétique, en nous promenant dans les coulisses des prises de décision, dans les stratégies politiques ( de Lénine, Trotsky, Staline...) : c'est réussi et au passage, à travers ce passionnant voyage, vous pourrez apprécier les jolies planches de Benoit Blay. Spassiba monsieur Rotman...

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Ajouté 05/11/2018 par Djamal

La forêt millénaire par Jirô Taniguchi

Publication : Rue de Sèvres . 1 vol. (75 p.) 24 x 30 cm

Dernière production du grand poète mangaka Taniguchi, recemment décédé, sa contemplative forêt millénaire prévue au départ sur trois tomes est à la fois une célébration de la nature et l'onirique déambulation mentale d'un jeune garçon de dix ans originaire de Tokyo, Wataru, propulsé en pleine campagne chez ses grands-parents après le divorce de ses parents. Là, Il entend la '' voix '' d'une forêt séculaire, apprend de son grand-père qu'elle a une âme et tentera avec une jeune fille de s'opposer à sa destruction par une société minière...

Les oeuvres de Taniguchi ( Quartier lointain, l'homme qui marche, Journal de mon père ... ), imprégnées de nostalgie et de poignante mélancolie des choses, illustrent le concept japonais, esthétique et spirituel, du mono no aware ( le sentiment des choses ). '' Ces enfants qui ont la faculté d'entendre la nature symbolisaient pour l'auteur quelque chose de la jeunesse, avec ses immenses possibilités, mais que le passage à l'âge adulte fait peu à peu disparaître '' ( postface de l'éditeur japonais ). Sa forêt millénaire est une célébration de la lenteur comme l'invitation onirique à arpenter la nature en contemplant la beauté de l'éphémère. Ajouté 05/11/2018 par Djamal

L'Exorciste par William Friedkin, réal.

Publication : Warner Home Video . 1 DVD vidéo (2h 02 min) 24

Un enfant possédé par le diable doit être exorcisé... Célèbrissime, démoniaquissime, possessionissime, cultissime, sublimissime, supernaturalissime, flippantissime et inoubliablissime Exorciste !..Inspiré d'une histoire vraie, à visionner un soir ( imaginez ) dans une Eglise ( imaginez l'ambiance ! ) ....Et voici une petite formule, formulissime, pour se préserver du malin : '' Exorcizamus te omnis immundus spiritus omnis satanica potestas omnis incursio infernalis adversii omnis congregatio secta diabolica ''...Enfin pour l'anecdote, l'escalier emblématique du film ( la scène figurant l'arrivée du Père Merrin ) pourrait bientôt être classé monument historique ( à Washington )...Monumentissime ! .... Ajouté 05/11/2018 par Djamal

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Ça par Andy Muschietti, réal.

Publication : Warner Home Video . 1 DVD vidéo (2 h15 min) 24

Histoire d'un petit garçon qui disparaît, d'un méchant et drôle de clown qui vole les enfants et d'un groupe de camarades ( '' le Club des Ratés '' ) partis à sa recherche. Si vous aimez les clowns, servez-vous ! ça est de retour ( le grand revival eighties en vogue ( New-wave ! New-Wave ! ), le clown tueur imaginé par Stephen King il y a trente ans, qui fit l'objet d'une mini-série pour la télé, revient ( tous les 27 ans ) dans la bourgade s'occuper d'une petite bande de loosers / souffre-douleurs ( des gros durs de l'école ), qui défieront le croque-mitaine à nez rouge. Petits lascars victimes de lourds traumas familiaux comme de la violente putrescence du monde adulte. Adaptation réussie du roman du Maître de l'épouvante, pour nostalgiques, amateurs de la série '' Strange Things '', fans de Freddy et autres cauchemars horrifiques de l'Amérique pavillonnaire. Histoire d'un sympathique petit clown mais si cela reste un peu trop gentillet pour vous, allez rendre visite à l'' Exorciste '', seul (e), dans votre salon, entre minuit et deux...N'hésitez pas ! Ajouté 03/11/2018 par Djamal

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Split par M. Night Shyamalan, réal.

Publication : Universal . 1 DVD vidéo (1h 52 min) 24

Il est le '' Split '', le divisé, le dissocié, très peuplé à l'intérieur de lui-même, saturant par besoin un espace clos de son choix de proies et interlocutrices l'écoutant délirer, trois ados que Kévin ( un Norman Bates puissance dix ) a séquestré dans un sous-sol, trois ados sous la férule du psychopathe et 23 personnalités dans son cerveau bien dérangé, aussi démentiel qu'imprévisible et parfois si touchant qu'il rend le thriller encore plus flippant, troublant et jubilatoire. Bel exercice de manipulation virant à la métaphore métaphysique, dont le twist final parlera aux fans de Shyamalan ( sixième sens, le village, incassable, the visit...) pour nous dire en gros que le film, le vrai, était hors-champs...Attention au monstre qui sommeille...

Ajouté 03/11/2018 par Djamal

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The end par scénario et dessin Zep

Publication : Rue de Sèvres . 1 vol. (88 p.) 32 x 24 cm

Excellent thriller apocalyptique et écologique ( propice à la réflexion ), aux planches bichromiques, nourri de faits scientifiques et dont le personnage central est L'ARBRE . '' Lorsque vous approchez un arbre, approchez-le en ami car l'arbre ( qui vous observe ) est bien plus que ce que l'on voit, plus qu'un tronc, des racines et des feuilles, une communauté secrète, intelligente et mystérieuse qui communique et rappelle ici cruellement l'homme à l'ordre et au respect.

Dans une réserve suédoise, tandis qu'un scientifique étudie la communication entre les arbres et avec les humains, cherchant à découvrir les secrets cachés dans leur ADN en écoutant en boucle la célèbre chanson de Jim Morrisson, '' The end '', un stagiaire se confronte à des phénomènes aussi inexplicables qu'inquiétants, d'arbres criminels - vengeurs qui nous rappellent que nous ne sommes pas les maîtres de la Terre mais ses hôtes. Fin alarmante, The end, surprenante et très résonnante.

Saurons-nous entendre l'avertissement face aux volontés de croissance et de puissance ? A l'homo sapiens s'imaginant maître du monde, la Nature lui répond, '' poing levé '', en voulant reprendre ses droits. Histoire anxiogène de rupture et d'urgence écologique, à méditer.

Extrait : '' Le professeur Frawley est un pionnier de la paléo-botanique. Il a été le premier à séquencer le génome d'un arbre préhistorique. Il a pu analyser une feuille d'érable que le vent avait déposé sur un glacier il y a plus de 100 000 ans. Elle était intacte. Il en a séquencé l'ADN et là, en comparant avec un érable moderne, il a constaté qu'il possédait des paires de chromosomes supplémentaires. Ces chromosomes présentaient des caractéristiques étranges, une structure rythmique qui se répétait, un agencement chronologique qui semblait courir sur 4,5 milliards d'années ! Un JOURNAL DE LA TERRE depuis son origine ! ( Certes ), les arbres ne sont apparus qu'il y a 350 millions d'années ! Mais ils communiquent avec la Terre ! On peut imaginer qu'elle leur partage sa mémoire, voire même qu'elle la stocke dans les arbres. La mémoire de notre planète écrite dans l'ADN de l'arbre....Frawley a appelé ça le Codex Arboris. Si l'on parvenait à le lire, ce serait la plus grande découverte de l'Histoire. Mais si ce codex est présent dans tous les arbres, pourquoi jamais personne ne l'a observé ? C'est là tout le problème. Frawley pense que la Terre ne nous juge pas dignes de recevoir cette connaissance. On sait aujourd'hui que les arbres communiquent entre eux...La théorie de Frawley est que l'arbre réagit à notre présence. Dès que l'homme entre dans son environnement, l'arbre active une '' enzyme dormante '', une protéine encodée dans ces fameux '' chromosomes supplémentaires '' et les détruit et efface le codex ! pour qu'on ne puisse pas le lire. La feuille d'érable ne se méfiait pas de l'homme puisqu'il n'est apparu en Europe que 60 000 plus tard; Son ADN est donc complet et contient le codex. C'est la thèse qu'a présentée Frawley il y a 17 ans, qui fut très mal reçue. La communauté scientifique s'est moquée de lui. On a qualifié sa théorie de pseudo-créationnisme...de spiritualité des arbres. On lui a retiré sa chaire de professeur à Harvard et il s'est retrouvé ici, à Doksla...'' Ajouté 03/11/2018 par Djamal

L'ordre du jour par Éric Vuillard

Publication : Actes Sud . 1 vol. (150 p.) 19 x 10 cm

Dans un récit bref, dense et précis centré sur le rôle des industriels allemands dans la montée du nazisme et l'Anchluss ( l'annexion de l'Autriche ), le Goncourt 2017 démontre comment une succession de petites lâchetés ont frayé la voie au nazisme triomphant. D'une anecdote, une réunion secrète au Reichstag le 22 février 1933 entre le chancelier Hitler et le gotha industriel invité à financer la campagne électorale du parti nazi ( les caisses sont vides ), aux compromissions qui mèneront à l'annexion de l'Autriche en 1938, Vuillard retrace avec l'art du conteur, la plume acérée et l'ironie pointue, les arrangements politico-industriels entre le '' Capital '' et un régime totalitaire, et la complaisance, au nom du maintien de la paix, des démocraties voisines qui conduiront au conflit. Une catastrophe en marche contre laquelle nul n'a rien fait.

Dans un contexte de crise économique, de crainte du communisme, favorisant la montée des extrêmes, on s'interroge : sans la mécanique de compromissions et l'allégeance du ghota, sans les généreuses donations des '' 24 '', les Opel, Krupp, Thyssen, Nyssen et consorts, le nazisme serait-il retombé comme un soufflé ? On écoute Vuillard, installés aux premières loges, pétrifiés .... Ajouté 02/11/2018 par Djamal

La vague par Todd Strasser

Publication : Pocket . 221 p. 18 x 11 cm

Après avoir visionné un documentaire sur les atrocités commises par les nazis dans les camps de la mort, un prof d'histoire ( malgré toute la documentation consultée ) n'a pas su répondre à la question d'un élève voulant savoir comment les Allemands avaient pu laisser les nazis assassiner sous leurs yeux pour dire ensuite qu'ils n'y étaient pour rien ou qu'ils n'en savaient rien. Comportement inexplicable, mystérieux ou simplement la peur de la redoutable et efficace organisation nazie ?

La réponse ne figurant dans aucun livre, les élèves devront peut-être la trouver par eux-mêmes. L'idée de la Vague ( celle du professeur ) est de former un groupe prêt à suivre un leader ( '' et tant que je tiens mon rôle, je vous assure Mr le proviseur que cela ne peut dégénérer '' ), avec cette question : des élèves sympathiques peuvent-ils donner corps à un mouvement fasciste ( qu'ils dénommeront la Vague ) ?

Rapidement ce mouvement s'étend à d'autres classes, la Vague devenir obsessionnelle ( et très sérieuse ! on ne rigole plus ),et l'expérience un instrument de contrôle suscitant la peur. Un microcosme totalitaire se forme en transformant l'atmosphère du lycée.Un groupe émerge, très puissant, qui voudra créer une société ( pseudo ) idéale et égalitaire ( avec en contrepartie la contrainte de collaboration et la dépossession des libertés individuelles ), sous la férule d'un prof d'histoire dépassé par son '' projet '' et se retrouvant malgré lui dans la peau d'un dictateur...

Un groupe, une voix, un leader ...Expérience hors-normes vers l'inconnu qui veut montrer comment il semblerait facile de se transformer ( avec une effrayante docilité ) en petit fasciste ( qui s'ignore) du jour au lendemain.

Quel choc pourra être assez violent pour réveiller les consciences et mettre fin à la démonstration ? Et quelles leçons les élèves pourraient tirer de La Vague ? Voilà une expérience hors-normes sur la responsabilité de nos actes. Ajouté 01/11/2018 par Djamal

Le journal d'Anne Frank par scénario Ari Folman

Publication : Calmann-Lévy . 1 vol. (148 p.) 27 x 19 cm

Adaptation ( très condensée ) en roman graphique du journal d'Anne Franck ( avec l'intention de rester fidèle à sa mémoire ), à la fois témoignage de la saloperie nazie, témoignage optimiste des préoccupations d'une fille qui malgré le contexte reste adolescente ( entre l'insouciance et la terreur quotidienne de ceux qui se planquent ) et symbole et témoin des crimes contre les droits de l'homme, au songe des millions d'enfants encore victimes aujourd'hui de violations de leurs droits fondamentaux .

C'est dans l'annexe d'un immeuble d'Amsterdam qu'Anne Franck et sa famille ( installés aux Pays-Bas depuis 1933 ) ont trouvé refuge ( en 1942 ) et c'est là que commence la rédaction du journal, achevé deux ans plus tard lorsque la famille est arrêtée sur dénonciation. Déportée à Auschwitz puis Bergen Belsen, Anne meurt à 14 ans du Typhus peu après sa soeur Margot.

La Bd nous montre à la fois une petite chipie, une fille pleine de vie et à travers des extraits de son journal, une ado brillante au talent littéraire certain, dévoilant pour son âge un regard lucide et d'une grande maturité sur le monde. Extraits :

'' A quoi bon cette guerre, pourquoi les gens ne peuvent-ils vivre en paix, pourquoi faut-il tout anéantir ?... Il y a tout simplement chez les hommes un besoin de frapper à mort, d'assassiner et de s'enivrer de violence. Tant que l'humanité entière, sans exception, n'aura pas subi une grande métamorphose, la guerre fera rage et tout ce qui a été construit, cultivé, tout ce qui s'est développé sera tranché et anéanti, pour recommencer ensuite !... '' J'ai souvent été abattue mais jamais désespérée, je considère notre clandestinité comme une aventure dangereuse, qui est romantique et intéressante. Dans mon journal, je considère chaque privation comme une source d'amusement. C'est que je me suis promis de mener une autre vie que les autres filles et, plus tard, une autre vie que les femmes au foyer ordinaires. Ceci est un bon début pour une vie intéressante et c'est la seule raison pour laquelle, dans les moments les plus dangereux, je ne peux pas m'empêcher de rire du burlesque de la situation ''...

Pour conclure, voici un texte de combat destiné à secouer l'inertie ( d'une population ) en suggérant que la lâcheté ne sauve personne...L'expérience amère de celui dont les yeux ne s'ouvrent que lorsqu'il est trop tard... '' Quand ils sont venus chercher les communistes, je n'ai rien dit, je n'étais pas communiste. Quand ils sont venus chercher les syndicalistes, je n'ai rien dit, je n'étais pas syndicaliste. Quand ils sont venus chercher les juifs, je n'ai pas protesté, je n'étais pas juif. Quand ils sont venus chercher les catholiques, je n'ai rien dit, je n'étais pas catholique. Puis ils sont venus me chercher et il ne restait personne pour dire quelque chose ''... ( Dachau 1942 . Pasteur Niemöller )... Ajouté 30/10/2018 par Djamal

Kinderzimmer par Valentine Goby

Publication : Actes Sud . 1 vol. (221 p.) 22 x 12 cm

Voici une histoire extraordinaire et très belle, de résistance ( rendue possible par le désespoir ) et de vie lors qu'à Ravensbruck peuplé de femmes, beaucoup ont crû pouvoir / vouloir continuer la vie ordinaire, lorsque la jeune déportée Mila annoncera à sa camarade Georgette qu'elle est enceinte, l'aveu introduira dans l'horreur du camp quelque chose de la vie normale et pour Mila un échappatoire, '' un lieu que personne, ni autorité, ni institution, ni parti ne pourra conquérir, coloniser ou accaparer '' tant qu'elle gardera le secret ....Plus qu'un enfant, ce qu'elle possède désormais sera '' une zone inviolable ''...

Et tandis que les convois arriveront de France, de Lyon, de Pantin, de Romainville, Paris- Est et Auschwitz, la vie s'organisera dans le camp : Marie-Paule, Georgette, Teresa deviendront ses proches et les nourrices de l'enfant à naître, s'organisant pour qu'il survive car il faudra tenir pour l'enfant et tenir par lui et pour la jeune mère, devenir ( si elle résiste) la mémoire de ceux qui n'auront pas survécu...

Sur ce lieu de destruction se trouve une pièce unique ( une pouponnière ) dévolu aux nourrissons, situation exceptionnelle dans ce camp peuplé de déportés politiques et de femmes ( 40 000 ) : la Kinderzimmer ( chambre des bébés - 800 entre septembre 44 et mars 45 - au moment où les Russes approcheront des camps ), est un lieu sans moyens ni médicaments ni nourriture mais un point de lumière dans les ténèbres qui donnera aux femmes une raison de vivre ( l'appetit et la force de vivre dans le camp malgré l'horreur ) et la force à Mila d'en prendre soin...Des êtres encore pleins d'espérance.

Passionnée par l'histoire et la transmission ( la mémoire étant son terrain d'exploration littéraire privilégié ), Valentine Goby raconte une histoire écrite dans un présent permanent c'est-à-dire quand l'Histoire n'a pas encore lieu. '' Il faut des historiens, dit-elle, pour rendre compte des événements, des témoins imparfaits qui déclinent l'expérience singulière ( et ) des romanciers pour inventer ce qui a disparu à jamais : l'instant présent. Nous offrant un témoignage historique inoubliable en nous emmenant par sa langue là où nous n'irons jamais, dans l'expérience concentrationnaire.

'' Mila pense : ce qu'ils feront de nous, je le sais. Nous mourrons toutes ici...Ravensbruck c'est la mort certaine, pas immédiate, pas celle des chambres à gaz que des prisonnières non juives droit venues d'Auschwitz ont raconté avec effroi. Qui a vu ce que nous voyons parlera. Dira ce qu'il a vu...Ravensbruck veut dire pont des corbeaux , lesquels perchés sur les toits des Blocks et bâtiments SS se nourrissent de déchets et de cadavres. Ils nous attendent. il n'y a pas un bébé dans ce camp, pas une mère parce que mettre au monde c'est mettre à mort. Alors se détacher de l'enfant. Tout de suite. L'ignorer désormais...tout de suite le deuil de l'enfant condamné comme nous toutes...Et qu'on ne dise pas à Mila que rien ne vaut la vie...''

Ajouté 30/10/2018 par Djamal

Si c'est un homme par Primo Levi

Publication : Pocket . 1 vol. (213 p.) 18 x 11 cm

Témoignage ( l'un des premiers ) sur Auschwitz ( 1947 ). L'ingénieur chimiste Primo Lévi ( arrêté comme résistant en 44 ) écrit autant pour dénoncer le système concentrationnaire que pour se libérer intérieurement de l'inconcevable et autant avec une intention morale que pédagogique, parlant dans sa préface '' d' étude dépassionnée de certains aspects de l'âme humaine '', pour transmettre et mettre en garde avec l'envi de nous faire participer, de nous amener à la réflexion en restant vigilant.

Son récit aussi précis et détaillé dans ses descriptions ( quotidien, organisation du camp... comme s'il cherchait à rationaliser pour comprendre l'inexplicable ), que dépouillé de tout pathétique, raconte l'horreur avec des mots simples sur un ton neutre et le sentiment d'être en face de quelque chose qui remettait en cause la possibilité même d'en parler.

Le déporté précise : '' Je ne produis pas une oeuvre littéraire ( au sens premier ) , '' nulle ambition de faire un bel ouvrage '' ( bien qu'aujourd'hui mondialement reconnu comme '' chef-d'oeuvre '' ; on parle même de littérature concentrationnaire ! ). '' Non pas une prose documentaire mais une prose née d'une souffrance comme un document ''. Voilà un texte unique en son genre par son style et sa réflexion, difficilement classable et c'est pourquoi l'on peut se demander comment concilier l'expérience des camps et la littérature comme si cela revenait à représenter l'imprésentable...

Enfin, une question sans réponse ( ? ) qui taraude Primo Lévi : celle du pourquoi. Extrait ( dans une baraque du camp ) : '' ...Et justement, poussé par la soif, j'avise un beau glaçon sur l'appui extérieur d'une fenêtre. J'ouvre, et je n'ai pas plus tôt détaché le glaçon, qu'un grand et gros gaillard qui faisait les cent pas dehors vient à moi et me l'arrache brutalement. '' Warum ? '' dis-je dans mon allemand hésitant. '' Her ist kein warum '' ( ici il n'y a pas de pourquoi ), me répond-il en me repoussant rudement à l'intérieur. L'explication est monstrueuse, mais simple : en ce lieu, tout est interdit, non certes pour des raisons inconnues, mais bien parce que c'est là précisément toute la raison d'être du Lager ( le camp ) . Si nous voulons y vivre, il nous faudra le comprendre, et vite... ''

'' Vous qui vivez en toute quiétude bien au chaud dans vos maisons, vous qui trouvez le soir en rentrant la table mise et des visages amis, considérez si c'est un homme que celui qui peine dans la boue, qui ne connaît pas de repos, qui se bat pour un quignon de pain, qui meurt pour un oui ou pour un non. Considérez si c'est une femme que celle qui a perdu son nom et ses cheveux et jusqu'à la force de se souvenir, les yeux vides et le sein froid comme une grenouille en hiver. N'oubliez pas que cela fut, non, ne l'oubliez pas : gravez ces mots dans votre coeur. Pensez-y chez vous, dans la rue, en vous couchant, en vous levant ; répétez-les à vos enfants. Ou que votre maison s'écroule, que la maladie vous accable, que vos enfants se détournent de vous... ne l'oubliez pas ''.

Ajouté 25/10/2018 par Djamal

ˆLa ‰zone d'intérêt par Martin Amis

Publication : Calmann-Lévy . 1 vol. (391 p.) 22 x 14 cm

Au départ une intrigue sentimentale : le bel officier Thomsen confie à son camarade son attirance pour la bourgeoise et plantureuse aryenne Hannah qu'il vient de croiser au cours d'une promenade. Elle est l'épouse du commandant Doll du Katz 1 qui rapidement s'aperçoit du manège et entend bien surveiller de près l'intéréssé. Voilà donc s'installer à l'ombre des fours crématoires une bluette ...Dès lors, trois voix vont s'entremêler et se partager le récit : Doll, alcoolique ridicule terrorisé par ses chefs et méprisé par sa femme, Angélus Thomsen, l'officier SS fou d'Hannah, neveu du secrétaire personnel d'Hitler, et, contrepoint dramatique au triangle amoureux pour rappeler l'horreur nazie ( la dimension tragique du roman ), Smulz, déporté juif hongrois chargé comme Sonderkommando d'évacuer les cadavres hors des chambres à gaz...

Le parti pris de l'auteur est simple : à la différence du célèbre témoignage de Primo Lévi, juif déporté évoquant pour la mémoire son expérience des camps, Martin Amis prend le risque de traiter le sujet d'une manière décalée par le prisme du grotesque ( pour mieux dénoncer l'horreur nazie ), du point de vu des bourreaux en insistant sur leur quotidien le plus banal, leurs conditions de vie dans le camp de concentration, pour dire que ces tortionnaires étaient aussi des hommes...

Eduqués ( combien de doctorats parmi eux ), qui s'ébattent, font état de leurs petites misères sexuelles, se divertissent, accompagnent leurs enfants à l'école ...On passe ainsi de l'incongru à la cruauté la plus extrême, l'extermination pour les uns ( les juifs ), le divertissement et la froideur administrative pour les autres. Comportement '' d'êtres humains normaux '' indifférents au sort des déportés uniquement perçus comme quantité à exécuter.

'' La zone d'interêt '' ( qui peut déranger ou choquer ) est donc bien un roman sur la banalité de ceux qui commettent le mal...

Sa force : hyper-documenté avec une connaissance fine de l'Allemagne de 33 à 45 et le traitement original du sujet. Sa faiblesse : des longueurs, des ramifications inutiles de l'intrigue plombant l'ensemble tandis que la construction du récit par l'alternance des points de vue peut rebuter.

Ecrire une farce sur Auschwitz ( sous la forme d'une comédie de moeurs ) pose la question du rire : le rire '' a-t-il sa place '' à Auschwitz ? Quand l'auteur choisit le grotesque pour dénoncer l'horreur, quand il ose raconter une bluette à l'ombre des fours crématoires, ce n'est pas par goût délibéré de la provocation ( ni transgression de tabou, bien que conscient des réactions de rejet ou de la réserve que sa fable glaçante est susceptible de provoquer ) mais tout simplement de revendiquer la liberté de fiction, comme s'il nous invitait à ne pas confondre un récit vu de l'intérieur de l'appareil concentrationnaire ( ce qu'est son livre ) d'un point de vu défendant les tortionnaires ( ce qu'il n'est pas ), livre qui par ailleurs fut refusé par ses éditeurs habituels ( Hanser en Allemagne et Gallimard en France ), jugé choquant...

Une remarque sur le titre '' La zone d'intérêt '', formule qu'employaient les nazis pour désigner la région d'Auschwitz avec une connotation économique car la Shoah fut aussi une opération commerciale qui devait s'avérer auto-suffisante en contribuant à l'économie allemande ( par accumulation d'or et d'argent et tout ce qui pouvait être récupéré et transformé : chaussures, vêtements, cheveux, or...). Le camp de concentration/ d'extermination industrielle fut aussi une entreprise bénéficiant aux grands noms du Capital...

Pour conclure, voici un passage qui montre superbement le ridicule et le délire de l'idéologie nazie trouvant son apogée dans l'Ahnenerbe ( l'institut de recherche chargé de démontrer de façon '' scientifique '' la supériorité de la race nordique ), en particulier dans la théorie de la glace cosmique, connue sous le terme de '' Principe de la glace mondiale ''. Elle avance que la Terre aurait été crée lorsqu'une comète glacée de la taille de Jupiter serait entrée en collision avec le Soleil. Les premiers Aryens auraient été méticuleusement moulés et formés au cours du trillénaire glaciaire qui aurait suivi. Ainsi seules les races inférieures descendraient des grands singes tandis que les peuples nordiques étaient préservés cryogéniquement depuis l'aube des temps terrestres, dans le continent perdu de l'Atlandide...

Ajouté 22/10/2018 par Djamal

L'album d'Auschwitz par Texte Serge Klarsfeld, Marcello Pezzetti, Sabine Zeitoun

Publication : Al Dante | Fondation pour la mémoire de la Shoah . 150 p. 25 x 33 cm

Un document iconographique unique de l'anéantissement des juifs d'Europe constitué de 190 photographies prises par des SS en mai et juin 44, certaines accompagnées de commentaires pour mieux appréhender ce que fut la Shoah. Depuis l'arrivée des convois à la sélection opérée par les nazis pour le travail ( ou les chambres à gaz pour les '' inaptes ''); l'album ne montre pas les morts mais les vivants pour témoigner de l'humanité à laquelle les juifs appartenaient et que les nazis voulaient éliminer. A travers ce livre de vies détruites c'est un appel à la vigilance contre ce qui ne devrait jamais plus arriver. L'ouvrage, en plus de raconter les circonstances de sa découverte, décrit l'organisation du complexe d'Auschwitz ( machine à exterminer et zone d'intérêt économique au profit des entreprises allemandes ) et l'application de la '' Solution finale '' : l'extermination des juifs pour ce qu'ils étaient.

Ce principe de choix commandait un procédé inédit de mise à mort : l'asphyxie à l'aide de gaz toxiques, technique qui avait l'avantage de tuer en masse, à l'abri des regards dans des locaux fermés et peu exigeant en personnel qui s'engageait au silence absolu...

L'album a été trouvée dans le camp de Dora-Nordhausen dans le tiroir d'une commode d'une baraque allemande, après la libération du camp par une jeune déportée, Lili Jacob.

Ajouté 18/10/2018 par Djamal

Auschwitz par Pascal Croci

Publication : EP éditions . 92 p. 32 x 24 cm

La BD montre l'impensable et l'ampleur d'un crime ( Auschwitz ) par un traitement réaliste et symbolique ( traits expressifs, noir et blanc, brume partout, atmosphère pesante ). Elle évoque plutôt que détaille ou résume la Solution Finale et le cheminement qui mène à la mort et dénonçant le nazisme et son application, veut sensibiliser les nouvelles générations au devoir de mémoire. Un voyage au bout de l'enfer nourri de témoignages de rescapés sur le quotidien du camp d'extermination. Première BD réaliste sur la Shoah, à Auschwitz, symbole de l'extermination des juifs en Europe...

Là, des grands yeux désespérés ( traits expressifs ) de déportés pour exprimer l'impossibilité de se révolter : on peut s'interroger sur l'absence de révolte, pourquoi ? La peur ! la peur insoutenable ! quand les nazis règnent par la terreur, la peur des déportés à qui on signifie que le respect et les lois humaines n'ont plus cours, et avant, déjà, la peur, après avoir traversé la moitié de l'Europe dans des wagons à bestiaux : impossible de se révolter...'' A l'aube des temps, les Chrétiens avaient déclaré : '' Vous ne pouvez pas vivre parmi nous comme juifs '' . Au Haut Moyen Age, les chefs séculiers décidèrent : '' vous ne pouvez plus vivre parmi nous . Enfin, les nazis décrétèrent : vous ne pouvez plus vivre ''... Ajouté 18/10/2018 par Djamal

La disparition de Josef Mengele par Olivier Guez

Publication : Grasset . 1 vol. (236 p.) 21 x 15 cm

Comment '' l'Ange de la mort '', ancien tortionnaire d'Auschwitz ( 400 000 morts dans les chambres à gaz, il collectionnait les yeux comme d'autres les papillons ) a-t-il pu vivre en exil en Amérique Latine durant 30 ans après 49 sans être inquiété avant de s'éteindre mystérieusement sur une plage du Brésil ? Lorsque la plupart des médecins avaient carte blanche pour tout expérimenter au nom du programme de recherche nazi, tous arrêtés et jugés, lui fut longtemps oublié.

Avec l' érudition de l' historien, Olivier Guez raconte la plus grande chasse à l'homme de l'histoire du XXè siècle, récit biographique passionnant ( style sec / précis ) suivant la cavale et traque macabre ( avant la chute abyssale ) d'un salaud puissance 10000 réfugié en Amérique Latine. D'abord dans l'Argentine de Perron: la Dolce Vita, les honneurs, la vie de luxe, les affaires prospères, son réseau de complicité ( jusque l'arrestation d'Eichmann en 60 ) puis la traque, vingt ans de solitude et d'angoisse paranoïaque, d'amertume aussi comme une terrible punition. Le rat, soutenu ( ou presque ) ad vitama eternam par sa famille finira ruiné dans une favela de Sao Paulo...

Une vie sûrement plus simple s'il avait passé devant le tribunal ( de Nuremberg ) pour finir ses jours '' tranquillement '' en prison à écrire ses mémoires...

Guez ne lâche pas Mengele d'une semelle, pas de temps mort, complètement immergés dans l'histoire fourmillant de détails. On côtoie la '' Nazi society'', '' un nazisme tropical '' prospérant sous le soleil, fait de cerveaux accueillis bras-ouverts par le généralissime Perron qui rêve après la chute de l'Italie et de l' Allemagne ( fasciné par Hitler et Mussolini ), d'une Argentine aussi puissante qu'autoritaire ( et dans le contexte de '' Guerre Froide '' ), convaincu avec ses nostalgiques du IIIè Reich de l'imminence d'une Troisième Guerre Mondiale. On assiste à la capture d'Eichmann tandis que l'histoire avance dans le reste du monde sans que le vieil hitlérien n'y comprenne rien...

Guez interroge la psyché des criminels et '' la banalité du mal '' : Eichmann en Argentine ému aux larmes par ses propres récits, sa réussite ( '' 6 millions de juifs assassinés '' ) et ses regrets : il n' a pas rempli sa mission, '' l'annihilation complète de l'ennemi '', un devoir patriotique . Mengele se déclarant innocent des crimes dont on l'accuse : il s'est battu '' afin de défendre les valeurs traditionnelles incontestables et n'a jamais tué personne ''. Au contraire, en décidant qui était apte à travailler à Auschwitz, il a sauver des vies et n'éprouve aucune culpabilité, obéissant aux ordres parce qu'il aimait l'Allemagne ( '' légalement et moralement, je devais remplir ma mission, je n'avais pas le choix ''...).

La fin est résonnante : '' L'histoire d'un homme sans scrupules à l'âme verrouillée que percute une idéologie venimeuse et mortifère dans une société bouleversée par l'irruption de la modernité. Elle n'a aucune difficulté à séduire le jeune médecin ambitieux, à abuser de ses penchants médiocres, la vanité, la jalousie, l'argent jusqu'à l'inciter à commettre des crimes abjects et à les justifier. Toutes les deux ou trois générations, lorsque la mémoire s'étiole et que les derniers témoins des massacres précédents disparaissent, la raison s'éclipse et des hommes reviennent propager le mal. Puissent-ils rester loin de nous, les songes et les chimères de la nuit. Méfiance, l'homme est une créature malléable, il faut se méfier des hommes ''. Olivier Guez au plus près de Mengele : magistral et passionnant.

Ajouté 18/10/2018 par Djamal

Mon père saigne l'histoire par Art Spiegelman

Publication : Flammarion . 1 vol. (160 p.) 24 x 16 cm

L'Idée géniale dans ce classique incontournable racontant les difficiles confidences d'un père à son fils ( Vladek le père, juif polonais rescapé d'Auschwitz ) d' incarner les protagonistes par des animaux : les Nazis sont des chats, les juifs des souris ( maus en allemand ), les polonais des cochons. Le récit, documenté, d'abord ancré dans l'histoire intime d'une famille pour laquelle passé et présent s'entremêlent ( des portes d'Auschwitz aux trottoirs de New-York, des années 30 aux années 70 ) pose des questions sur l' après-guerre : comment les survivants peuvent-ils envisager l'avenir ? La culpabilité d'avoir survécu alors que tant d'autres ont péri est-elle supportable ? Maus est le récit ( en noir et blanc ) de la traque d'un père par son fils ( l'auteur Art Spigelman ) pour lui arracher son histoire et en nourrir sa mémoire afin de la transmettre. A la fois BD audacieuse et chef-d'oeuvre littéraire qui a valu à son auteur entre autres distinctions, le prix Pulitzer en 1992. Incontournable. Ajouté 13/10/2018 par Djamal

Le Fils de Saul par László Nemes, réal.

Publication : TF1 / Ad Vitam . 1 DVD vidéo (1h 47 min) 24

L'horreur des camps filmé comme un direct, un reportage ( vous assistez au massacre ), l'horreur telle qu'elle n'avait jamais été montrée au cinéma ni dans les images d'archives, magnifiquement portée à l'écran par l'acteur hongrois Geza Rhorig, nous rappelle '' La liste de Schindler '' ( puissance dix ) et le documentaire d'Alain Resnais '' Nuit et brouillard '' ( 56 ).

Au coeur de la machine à tuer d'Auschwitz ( en 44 ), le juif Saül Auslander, intègre le Sonderkommando, groupe de détenus sursitaires forcés d'assister les nazis dans leur plan d'extermination, forcés d'accomplir à la chaîne les plus dégradantes besognes ( '' Nous sommes les gens les plus tristes sur terre '' ) : dévêtir les arrivants des convois des déportés avant la '' douche '', les rassurer, les pousser dans les chambres à gaz...En longs plans séquences, caméra à l'épaule, caméra vissée sur le visage creusé, yeux las et révoltés de Saül...on le suit Saül et tout ce que l'on voit est ce qu'il voit...

Après '' la douche '', dans les chambres à gaz où Saül se veut rassurant auprès des siens, l'image devient floue, l'horreur hors-champ presque toujours ( devant l'horreur ), le regard se détourne...

Si Saül est déjà mort ( il le sait, il est sursitaire, yeux éteints, douleur muette, il a franchi le Styx portant sur le dos de sa veste une grande croix rouge, il est ciblé), ce qui ne veut pas s'éteindre, c'est l'étincelle d'humanité, Saül en résistance lorsque dans une chambre à gaz il croit reconnaître le cadavre de son fils à qui il décide de donner une vraie sépulture, demande et supplie qu'un kaddish soit prononcé sur sa tombe, pour qu'il ne soit pas jeté à la fosse commune parmi les cadavres, lui, l'enfant et tous ces juifs, tous '' ces morceaux '' comme les appellent les maîtres du camps, leur déniant le nom d'hommes...

Histoire de survie et de souffrance au coeur de l'indicible, une mémoire aussi pour aujourd'hui et pour demain. '' Le film, conclue Lazlo Nemes, ne peut être beau, le film ne peut être séduisant. Ne pas faire un film d'horreur, rester avec Saül '' et continuer à '' penser '' ( sur soi, ses actes et la norme ), contre l'absence de pensée, contre les totalitarismes et '' la banalité du mal '' ( c'est à dire la médiocrité quand la pensée démissionne ) ...Quand des petits fonctionnaires médiocres appliquaient mécaniquement ( démissionnaires de la pensée et donc possiblement coupables de leurs actes ) les consignes d'officiers SS convaincus que le '' juif '' était l'ennemi à abattre de l'Allemagne... Ajouté 12/10/2018 par Djamal

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L'amour après par Marceline Loridan-Ivens

Publication : Grasset . 1 vol. (156 p.) 21 x 13 cm

Hommage à l'une des dernières voies de la Shoah ( 1928-2018 ), compagne et amie de Simone Weil, morte il y a quelques jours le soir du Kippour. Marceline Loridan-Ivens, écrivaine et cinéaste, a été déportée à Auschwitz ( à l'âge de 15 ans en 42 ) parce qu'un petit ramasseur de noisettes n'avait pas été suffisamment payé. Elle a retrouvé il y a quelques années la lettre de dénonciation à la Gestapo. On voyait à quel point quelques noisettes pouvaient faire basculer une famille entière dans l'oubli car les premiers révisionnistes de l'histoire, les Nazis, à mesure qu'ils détruisaient, voulaient détruire la destruction pour qu'il n'y ait non pas seulement plus de présence juive sur terre mais plus de souvenir de présence juive sur terre. On pourrait imaginer, avant que la Shoah ne tombe dans l'oubli parce que tous les événements tombent dans l'oubli, que l'on puisse un jour édicter un chant ( de la Shoah ) comme celui de L'Iliade et L'Odyssée car si la Guerre de Troie a toujours lieu aujourd'hui, c'est bien grâce au chant d'Homère. Il faudra donc trouver un moyen de ressusciter tous ces morts par un long moment qui pourra détruire l'oubli à coup de génie, de prosodie ou de poésie.

'' L'amour après '' n'est pas seulement le témoignage poignant que fait Marceline de sa reconstruction après l'horreur des camps, le récit courageux sur son expérience de l'amour et du désir ( car comment aimer quand on a été déporté à 15 ans ? ), son rapport au corps, à la chair, ses amours après la Guerre et l'urgence de vivre intensément avec ce besoin, par l'engagement et l'action, de se connecter au monde et de vouloir ( parce que trop marquée ) le changer pour retrouver sa part d'humanité. '' L'amour après '' est aussi le rappel, effrayée par la montée de l'antisémitisme et l'oubli progressif de la Shoah, de l'importance de continuer de préserver la mémoire. Mais comment enseigner la Shoah quand la tendance de fond semble au bannissement du mot, avec la difficulté à la raconter, au rappel de la concurrence des mémoires, des ados affirmant que '' l'on parle trop des juifs '' jus qu' à l'affirmation d'un nouvel antisémitisme sur fond de montée des populismes ?

Marceline raconte l'amour après les camps depuis son petit duplex sous les toits de St Germain des Prés, leçon de vie et d'amour, elle a retrouvé à 89 ans '' sa valise d'amour '', trésor vivant des lettres échangés avec les amours de sa vie et se souvient... Petit bout de femme, rousse à longue jupe avec crinière rouge pétaradante et sourire extra-large, numéro de matricule gravé sur avant-bras : 78.750 '' ...Shalom a lekhem, madame...

'' Mon corps de femme s'est dessiné en même temps qu'il était condamné. A Auschwitz. Que faire de lui ensuite puisque j'avais survécu ? Serait-il capable de désir, de plaisir...D'aimer tout simplement ? ...Je suis revenue de là-bas comme glacée de l'intérieur, j'ai mis tellement de temps à être dans la vie, à pouvoir simplement écouter de la musique..''

Ajouté 11/10/2018 par Djamal

ˆLes ‰portes du néant par Samar Yazbak

Publication : Stock . 1 vol. (290 p.) 22 x 14 cm

Figure de l'opposition au régime syrien, Samar Yazbek, exilée à Paris en Février 2011, a vécu l'horreur de la guerre, raconte, taraudée par la douleur et la nostalgie de son pays, ses trois voyages au bout de l'enfer et son livre, document exceptionnel, dresse le portrait bouleversant d'un peuple aux portes du néant.

Elle écrit au nom de ceux qui se battent pour survivre, passant clandestinement la frontière turque, rampant sous les balles, rasant les ruines d'une ville syrienne, au plus près des gens ( grottes, caves, salons sans murs soufflés par les déflagrations ), croisant deux enfants maigres jouant et à peine sursautant au bruit d'un baril d'explosifs largué avec fracas; elle raconte, stoppée au premier voyage avec ses amis par les barrages de l'Armée syrienne libre ( ALS ) en lutte contre Bachar, au dernier par les check points de Daesch qui confisquera la '' Révolution '' aux rebelles.

Observant la haine monter entre syriens ( '' Es-tu chiite, alaouite, sunnite ? '' ), son livre, s'il rêve de réconciliation et d'unité, s'il est un cri contre la violence meurtrière et la guerre confessionnelle voulue par le régime ( '' Diviser pour régner, mais où est la victoire ? Nous sommes tous des perdants ...'' ), il est aussi la promesse tenue aux habitants de témoigner de l'horreur : '' Jures-nous de raconter, Samar, ne meurs pas et demeure ce fil qui nous relie au monde ''. Prix du Meilleur livre étranger 2017. Ajouté 08/10/2018 par Djamal

Le Caire Confidentiel par Tarik Saleh, réal.

Publication : Memento Films . 1 DVD vidéo (1h 51 min) 24

Inspirée d'une histoire vraie ( l'affaire Taalat Moustafa, commanditaire de l'assassinat de la chanteuse Suzanne Tamim en 2008 ), le film de Tarek Saleh ( auteur de documentaires sur Guevara et Guantanamo ) est un polar poisseux dans la meilleure tradition de la Série Noire. Lorsqu'une célèbre chanteuse est retrouvée morte dans un palace du Caire, la hiérarchie conseille rapidement à l'inspecteur Noureddine de lâcher l'affaire. A quoi bon se mouiller la chemise : le coupable, riche promoteur immobilier, est un proche du Président...L'imbécile s'obstine tandis que Place Tahrir, la tension gronde chez le peuple... Le polar, entre fiction et réalisme de reportage ( Le Caire, janvier 2011 ), tout en évoquant la déliquescence sociale et morale, pose un constat politique amer dans l'Egypte des généraux où veille '' l'Etat profond '' : c'est que la '' Révolution '' fabrique des '' cocus de l'Histoire '' et ce sont les '' salauds '' qui, à la fin, profiteront de l'éruption populaire. Comment un tel film a-t-il pu être réalisé en Egypte ? C'est qu'en plein tournage, les services de sécurité ont fait leur petit rappel à l'ordre, le polar achevé au Maroc, à Casablanca. Ajouté 06/10/2018 par Djamal

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Haytham par scénario Nicolas Hénin

Publication : Dargaud . 1 vol. (80 p.) 29 x 22 cm

Lu au collège en 3èm, cours d'histoire. Haytham est un jeune réfugié syrien qui nous prend par la main pour nous raconter son histoire : la guerre civile en Syrie, la fuite de Deraa avec sa famille et sa formidable intégration en France. Son histoire est racontée par Nicolas Hénin, grand reporter spécialiste de la Syrie tandis que l'enfant a lui même participé à l'écriture du scénario. Le récit passionnant éclaire l'actualité de façon très humaine et sa lecture pourrait être proposée dès le collège pour comprendre toute la difficulté de quitter un pays en guerre et de se faire une place dans un pays d'accueil. Ajouté 05/10/2018 par Jassem

Une fille dans la jungle par Delphine Coulin

Publication : Grasset . 1 vol. (237 p.) 21 x 14 cm

Quand les autorités décident de démanteler la jungle de Calais, une poignée de migrants s'accrochent toujours à leur rêve, tout proche des rives britanniques. Parmi eux six adolescents, mineurs en guenilles survivant dans la boue, le froid et la faim au milieu des tentes et des baraques. Il y a Milad, le chef et son petit frère, échappés des talibans, Hawa, éthiopienne promise à un injuste mariage, Elira, la belle albanaise, Ali et Ibrahim. Tous apprennent dans la crasse la débrouille, à rester humains et vigilants face aux menaces des clans : des racketteurs albanais et soudanais, '' gardiens des parkings '', au clan des Egyptiens qu'ils doivent affronter dans l'horreur de la jungle. On est touché par cette bande de damnés qui résiste avec toute la force et l'espérance de leurs jeunes années. Delphine Coulin nous livre ainsi un témoignage bouleversant et un beau travail d'engagement. Ajouté 05/10/2018 par Jassem

Bienvenue à Calais par Texte Marie-Françoise Colombani

Publication : Actes Sud . 1 vol. 17 x 12 cm

Ce tout petit livre révèle les destins cabossés de la jungle de Calais ( 2016 ). Une prof d'université afghane égarée là avec ses quatre enfants, une petite kurde d'Irak qui dessine inlassablement des maisons et des barbelés, sans jamais pleurer...Ce sont des pages bouleversantes qui donnent des visages à celles et ceux que l'on appelle indifféremment, sans les connaître, les '' migrants ''. Ajouté 05/10/2018 par Jassem

Jamais par Duhamel

Publication : Bamboo édition . 1 vol. (56 p.) 32 x 25 cm

Madeleine est une charmante veuve nonagénaire vivant seule avec son chat et le souvenir de son mari avec lequel elle communique toujours dans sa maisonnette de Normandie . Elle l'aime cette maison plus que tout comme son chat et son homme qui n'est plus là, sa maisonnette plantée sur une falaise grignotée par l'érosion.... La recluse ne voit pas le danger, Madeleine, aveugle comme elle est, et s'en fout de toute façon, Madeleine, têtue comme une mule comme elle se fout de l'autorité municipale qui voudrait la déloger pour la mettre à l'abri...L'indomptable se braque, féroce, farouche, intransigeante et nous fait sourire avec sa gouaille et son humour...BD touchante sur la liberté de choisir et le temps qui passe. Comment ne pas être admiratif devant une telle force de la nature et son obstination à résister ? Ajouté 05/10/2018 par Djamal

Scandale à New York par Pétillon, Rochette

Publication : Albin Michel-Bandes dessinées 32 x 24 cm

Pétillon toujours ! Sujets casse gueule ( nationalisme corse, '' voile islamique '' ) ou pas, c'est toujours abordé avec finesse, toujours aussi Pétillon : un grand dessinateur s'en est allé : place à l'humour ! Ajouté 04/10/2018 par Djamal

L'affaire du voile par René Pétillon

Publication : Albin Michel-Bandes dessinées . 46 p. 32 x 24 cm

Le détective Jack Palmer perdu dans les méandres du fondamentalisme musulman où les défenseurs d'un islam rigoriste sont tout aussi ridicules que le père dentiste bourgeois craignant pour sa fille convertie et disparue . Satire attendrie jamais agressive. De l'absurde, du cocasse ou l'art de dédramatiser : ça passe. Une scène dans l'album, celle de deux jeunes hauts-fonctionnaires venus négocier sur un conflit autour de l'occupation d'une mosquée, incapables d'arriver à une solution, très engoncés dans leurs présupposés ingurgités à l'E N A... Ajouté 04/10/2018 par Djamal

L'enquête corse par Pétillon

Publication : A. Michel . 52 p. 33 cm

Le plus empoté et incompétent des détectives privés, un peu '' martien '', mal fagoté sur son imperméable trop grand pour lui. Situations absurdes et grotesques : l'enquête corse est un concentré ironique de tous les clichés accompagnant l'île de beauté qui vaudra à son auteur d'être traduit en corse, adapté au cinéma ( 2004 ), jusqu'à devenir citoyen d'honneur de la ville de Bastia. La dérision insulaire, toujours en bonne place aujourd'hui dans les boutiques de souvenirs de l'île au côté d'un autre grand classique : '' Astérix en Corse '' ... Ajouté 03/10/2018 par Djamal

Un certain climat par Pétillon

Publication : Dargaud . 1 vol. (230 p.) 27 x 22 cm

Hommage à l'un des derniers monstres sacrés du dessin de presse, pilier du '' Canard enchaîné ''. Pétillon a définitivement tourné la page à 72 ans des suites d'une longue maladie. Excellant aussi bien dans le dessin politique que la BD, le créateur du célèbre détective Jack Palmer ( Prix du meilleur album au Festival d'Angoulême pour '' l'enquête corse '' ( 2000 )) restera l'un des plus brillants croqueur - commentateur - portraitiste de la société contemporaine comme en témoigne ce recueil sous forme d'abécédaire ( de A comme Afrique à Z comme zadiste : 350 instantanés parus dans le '' Canard enchaîné '' ) couvrant l'actualité des dix dernières années . Ajouté 03/10/2018 par Djamal

L'archipel du Chien par Philippe Claudel

Publication : Stock . 1 vol. (282 p.) 22 x 14 cm

Une histoire forte et résonnante en écho avec une terrible actualité, une fable noire sur le mystère humain, des personnages archétypaux et symboliques qui nous disent quelques vérités de nous-mêmes, un lieu imaginé, petite communauté éloignée d'hommes sur un îlot paradisiaque et volcanique, dans une sorte de Méditerranée, '' Mère Lachaise des réfugiés '', un projet immobilier et trois corps échoués, rejetés par la mer...

La question : comment le maire ( l'autorité ), le prêtre ( la religion ), l'instit ( le savoir ), le médecin et une vieille femme ( science et sagesse ) réagiront devant ces corps, où chacun ( ce qui est terrible dans la vie ) a ses raisons, où tout homme est une nuit, où le crime aussi est fait du silence des hommes ? A quelle(s) compromission(s), à quelle(s) lâcheté(s) sommes-nous prêts pour continuer à vivre tranquille ? L'auteur observe un microcosme d'assoupis dans un confortable entre-soi, parabole puissante et romanesque pour griffer les consciences, sur la tragédie des migrants... Ajouté 29/09/2018 par Djamal

Kill or be killed par scénario Ed Brubaker

Publication : Delcourt . 1 vol. 29 x 19 cm

Dylan, 28 ans, est un étudiant dépressif. Un soir, après une dispute avec son colocataire, il se jette du haut de son immeuble; Sa chute est amortie par un gros tas de neige. De retour dans sa chambre, il reçoit la visite d'un démon qui lui annonce qu'il devra tuer une personne tous les mois, sous peine de mourir lui-même ! Le récit de Ed Brubaker est accompagné par le dessin de Philipps qui fait preuve d'une puissance et d'une efficacité imparables. Ajouté 29/09/2018 par Pierre

Fief par David Lopez

Publication : Seuil . 1 vol. (251 p.) 21 x 14 cm

251 pages scandées comme du rap avec la puissance du flow et une dose d'énergie qu'on trouve chez les rappeurs à punchline dans la langue de PNL. Avec Lopez, ça cogne ! '' Boxeur-rappeur-sociologue '' et depuis tout jeune, '' écrivain '', Lopez écrit avec ses tripes et des gants de boxe : sa gauche : un master de sociologie, sa droite : un master de création littéraire, sans chercher à faire dans la joliesse, sans chichi ni manières . '' Tu vois Gros, si tu veux écrire, t'as pas besoin de respecter les codes de l'écriture traditionnelle, tu peux les dépasser pour dépasser tes complexes ...surtout après avoir lu Céline ! ...''

Lopez connait bien ce lieu bâtard où vivent ses personnages pour y avoir vécu, la France suburbaine rarement célébrée, '' classe moyenne moyennement classe où tout le monde cherche sa place '' ( Orelsan ) ''. '' Chez nous, il y a trop de bitume pour qu'on soit de vrais campagnards et trop de verdure pour qu'on soit de vrais cailleras ''. Un entre deux identitaires entre ville et campagne où stagnent ses personnages de chômeurs/ dealers '' petit format '', entre séances de fumettes et interminables parties de cartes, où les rares fois que l'on quitte le terroir pour s'aventurer dans des lieux voisins, c'est le '' choc culturel '', sociologiquement lointains....Où quand on a comme Jonas ( le narrateur ) l'étoffe d'un boxeur professionnel, on s'empêche, rétif à l'injonction sociale puisque '' réussir c'est trahir '', où l'on préfère rester dans un entre soi et se contenter de ce que l'on a ( sur sa terre ) dans une forme de désarroi et de servitude volontaire.

A leurs vies empêchées, Lopez insuffle l'énergie d'une écriture orale- syncopée, la langue ( le fief ) qu'ils portent fièrement, puissante et musicale pour exprimer leur façon d'être au monde : la tchatche de Lahuiss pour séduire les filles, Potto la mitraille, pro du rap et de l'insulte et Jonas qui promène son spleen sans mâcher ses mots...

Dans un flow de 200 pages et plus de punchline ! '' Quand ça marque, c'est ça une punchline, ça te met KO et quand on te met KO tu t'en souviens '' ( Booba ). Il faut reconnaître Gros, une fois la lecture terminée ( qu'on apprécie ou pas le style, qu'on accroche ou pas ), que pour tenir ce rythme, il faut du souffle : l'exercice est brillant ! Céline aurait applaudi ( qui dirait '' ça tue, ça poutre, ça dépote grave mon gaillard ! ) ...On respire, un peu sonné comme un bel uppercut reçu en pleine gueule et '' Messire '' Lopez, de retour sur son fief, à cultiver sa langue, peut se reposer sur sa belle victoire, auréolé d'un prix et d'une gloire toute récente...

'' On sort de la rue piétonne pour déboucher sur une autre, il y a des terrasses de restaurant. A notre passage on nous observe. Faut dire qu'on fait du bruit. Romain est colérique, Poto et Miskine parlent fort quand ils lui disent de fermer sa gueule. Habib rit comme une hyène tandis que Ixe doit hurler pour faire entendre ses blagues toutes flinguées qui nous fait marrer quand même. Je demande à Sucré, Sucré, comment ça se fait que par exemple si je creuse pour aller en Chine ou en Australie ou je sais pas où, bref juste en dessous quoi, il me coupe et dit ouais, ou au Pakistan, et je dis oui bref tu vois ce que je veux dire, et il fait ouais, ou bien aux Philippines, et je dis non on s'en fout en fait admettons que je creuse tout droit tu vois, peu importe où ça mène, et il fait ouais, mais ça s'trouve tu vas arriver en pleine mer, et il rigole, et je dis mais putain t'es relou j'ai une vraie question à poser gros, et je fais semblant de lui envoyer une combinaison gauche droite crochet au corps. Il dit bah vas-y et je dis donc, si je creuse pour aller en Chine, t'es bien d'accord que je vais creuser vers le bas, t'es d'accord, il dit ouais, et je dis alors quand je vais arriver en Chine, je vais sortir de sous terre, donc je vais creuser vers le haut. Il y a un silence. J'ai fait des gestes explicites, genre je tiens une pelle dans les mains et je creuse vers le bas d'abord, vers le haut ensuite. On se regarde, et je demande, à quel moment je me retourne en fait ? Carrément il s'arrête de marcher pour réfléchir et Romain lui rentre dedans, bah alors Sucré qu'est-ce qui te prend de piler comme ça dans la rue quand tu marches, et puis il avance et il passe son bras autour des épaules de Poto, ce soir on va choper des meufs ouais, et Poto lui répond mais vas-y wesh t'es bourré, si y a des meufs viens pas les voir avec tu vas m'afficher ''...

Ajouté 22/09/2018 par Djamal

La rentrée n'aura pas lieu par Stéphane Benhamou

Publication : Don Quichotte éditions . 1 vol. (169 p.) 21 x 14 cm

Alors que Bison Futé prévoyait des journées noires sur les routes, quelque chose s'est déréglée dans la mécanique de rentrée des congés : le dernier week-end d'Août, 11 millions de Français ( et des centaines de milliers de fonctionnaires ) ont décidé avec un certain nonchaloir, sans préavis ni concertation, que pour eux la rentrée n'aurait pas lieu...De quoi titiller les Pouvoirs ! La '' Technostructure '' n'apprécie pas le changement et encore moins la désertion, surtout les adeptes de l'employabilité qui '' après avoir crû forger l'employé modèle, se retrouvent orphelins de ressources enthousiastes, flexibles, adaptables, polyvalentes, évolutives ''...11 Millions de squatteurs, de planqués, de tire-au-flanc, de tire-au-cul évanouis dans la nature ... entassés dans le Sud...

On s'énerve ( actifs et '' Rentrés '' ), l'extrême droite éructe, on convoque fissa fissa une kyrielle d'experts en ressources humaines et psychologie du travail pour comprendre l'étrange phénomène et l'on charge un petit fonctionnaire du Ministère des Transports ( un plumitif s'occupant de l'information sur les autoroutes ), Michel Chabon, loyal et compétent, de parcourir les chemins du Sud pour comprendre de quelle étrange épidémie ce nouveau peuple sécessionniste est frappé pour vouloir qu'on les oublie un peu...apprenant que le village de Moustiers, l'un des hauts lieux de résidence des aoûtiens ( devenue une ZAD ) serait l'épicentre de cette crise à l'allure de '' Révolution silencieuse ''... Avec cette mise en garde de la châtelaine de Moustiers, épouse de ministre, observant plus recluse que jamais depuis sa forteresse, la '' canaille '' et reprenant les sombres paroles de Madame Julien à son fils, prononcées durant La Terreur : '' Mon cher, mon bon ami, les loups ont toujours dévoré les moutons ; les moutons vont-ils cette fois dévorer les loups ? ''...

Histoire anxiogène ? La France en crise a peur en Septembre, comme elle a eu peur en 68, tendue comme une corde de violon... Et si une telle histoire, gentiment subversive se réalisait un jour ? L'auteur s'en amuse et sur un ton léger et une approche originale, quasi documentaire pose quelques questions sur le sujet central du livre : la question du travail ... Ajouté 21/09/2018 par Djamal

Le Sens de la fête par Eric Toledano, Olivier Nakache, réal.

Publication : Gaumont . 1 DVD vidéo (1h 56 min) 24

Un rôle en or pour l'éternel grincheux du cinéma français qui fait bien rire l'assistance en généreux traiteur et organisateur d'un mariage tournant rapidement au désastre dans un château du 17è siècle. Echanges hilarants entre un grognard dépassé, quelques personnages pittoresques et une petite bande de bras cassés aussi attachants. Chanteur ringard, mari tête à claques, photographe lourdingue, beau-frère dépressif...ça déborde, ça frétille, ça fulmine ! Mais c'est aussi une belle histoire de solidarité, pleine de tendresse, d'humanité et la dessus, la trombine de Bacri à faire la fête dans ce mariage d'enfer vaut bien le détour ... Ajouté 15/09/2018 par Djamal

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