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Le journal d'Anne Frank by scénario Ari Folman

Publication: Calmann-Lévy . 1 vol. (148 p.) 27 x 19 cm

Adaptation ( très condensée ) en roman graphique du journal d'Anne Franck ( avec l'intention de rester fidèle à sa mémoire ), à la fois témoignage de la saloperie nazie, témoignage optimiste des préoccupations d'une fille qui malgré le contexte reste adolescente ( entre l'insouciance et la terreur quotidienne de ceux qui se planquent ) et symbole et témoin des crimes contre les droits de l'homme, au songe des millions d'enfants encore victimes aujourd'hui de violations de leurs droits fondamentaux .

C'est dans l'annexe d'un immeuble d'Amsterdam qu'Anne Franck et sa famille ( installés aux Pays-Bas depuis 1933 ) ont trouvé refuge ( en 1942 ) et c'est là que commence la rédaction du journal, achevé deux ans plus tard lorsque la famille est arrêtée sur dénonciation. Déportée à Auschwitz puis Bergen Belsen, Anne meurt à 14 ans du Typhus peu après sa soeur Margot.

La Bd nous montre à la fois une petite chipie, une fille pleine de vie et à travers des extraits de son journal, une ado brillante au talent littéraire certain, dévoilant pour son âge un regard lucide et d'une grande maturité sur le monde. Extraits :

'' A quoi bon cette guerre, pourquoi les gens ne peuvent-ils vivre en paix, pourquoi faut-il tout anéantir ?... Il y a tout simplement chez les hommes un besoin de frapper à mort, d'assassiner et de s'enivrer de violence. Tant que l'humanité entière, sans exception, n'aura pas subi une grande métamorphose, la guerre fera rage et tout ce qui a été construit, cultivé, tout ce qui s'est développé sera tranché et anéanti, pour recommencer ensuite !... '' J'ai souvent été abattue mais jamais désespérée, je considère notre clandestinité comme une aventure dangereuse, qui est romantique et intéressante. Dans mon journal, je considère chaque privation comme une source d'amusement. C'est que je me suis promis de mener une autre vie que les autres filles et, plus tard, une autre vie que les femmes au foyer ordinaires. Ceci est un bon début pour une vie intéressante et c'est la seule raison pour laquelle, dans les moments les plus dangereux, je ne peux pas m'empêcher de rire du burlesque de la situation ''...

Pour conclure, voici un texte de combat destiné à secouer l'inertie ( d'une population ) en suggérant que la lâcheté ne sauve personne...L'expérience amère de celui dont les yeux ne s'ouvrent que lorsqu'il est trop tard... '' Quand ils sont venus chercher les communistes, je n'ai rien dit, je n'étais pas communiste. Quand ils sont venus chercher les syndicalistes, je n'ai rien dit, je n'étais pas syndicaliste. Quand ils sont venus chercher les juifs, je n'ai pas protesté, je n'étais pas juif. Quand ils sont venus chercher les catholiques, je n'ai rien dit, je n'étais pas catholique. Puis ils sont venus me chercher et il ne restait personne pour dire quelque chose ''... ( Dachau 1942 . Pasteur Niemöller )... Added 30/10/2018 by Djamal

Kinderzimmer by Valentine Goby

Publication: Actes Sud . 1 vol. (221 p.) 22 x 12 cm

Voici une histoire extraordinaire et très belle, de résistance ( rendue possible par le désespoir ) et de vie lors qu'à Ravensbruck peuplé de femmes, beaucoup ont crû pouvoir / vouloir continuer la vie ordinaire, lorsque la jeune déportée Mila annoncera à sa camarade Georgette qu'elle est enceinte, l'aveu introduira dans l'horreur du camp quelque chose de la vie normale et pour Mila un échappatoire, '' un lieu que personne, ni autorité, ni institution, ni parti ne pourra conquérir, coloniser ou accaparer '' tant qu'elle gardera le secret ....Plus qu'un enfant, ce qu'elle possède désormais sera '' une zone inviolable ''...

Et tandis que les convois arriveront de France, de Lyon, de Pantin, de Romainville, Paris- Est et Auschwitz, la vie s'organisera dans le camp : Marie-Paule, Georgette, Teresa deviendront ses proches et les nourrices de l'enfant à naître, s'organisant pour qu'il survive car il faudra tenir pour l'enfant et tenir par lui et pour la jeune mère, devenir ( si elle résiste) la mémoire de ceux qui n'auront pas survécu...

Sur ce lieu de destruction se trouve une pièce unique ( une pouponnière ) dévolu aux nourrissons, situation exceptionnelle dans ce camp peuplé de déportés politiques et de femmes ( 40 000 ) : la Kinderzimmer ( chambre des bébés - 800 entre septembre 44 et mars 45 - au moment où les Russes approcheront des camps ), est un lieu sans moyens ni médicaments ni nourriture mais un point de lumière dans les ténèbres qui donnera aux femmes une raison de vivre ( l'appetit et la force de vivre dans le camp malgré l'horreur ) et la force à Mila d'en prendre soin...Des êtres encore pleins d'espérance.

Passionnée par l'histoire et la transmission ( la mémoire étant son terrain d'exploration littéraire privilégié ), Valentine Goby raconte une histoire écrite dans un présent permanent c'est-à-dire quand l'Histoire n'a pas encore lieu. '' Il faut des historiens, dit-elle, pour rendre compte des événements, des témoins imparfaits qui déclinent l'expérience singulière ( et ) des romanciers pour inventer ce qui a disparu à jamais : l'instant présent. Nous offrant un témoignage historique inoubliable en nous emmenant par sa langue là où nous n'irons jamais, dans l'expérience concentrationnaire.

'' Mila pense : ce qu'ils feront de nous, je le sais. Nous mourrons toutes ici...Ravensbruck c'est la mort certaine, pas immédiate, pas celle des chambres à gaz que des prisonnières non juives droit venues d'Auschwitz ont raconté avec effroi. Qui a vu ce que nous voyons parlera. Dira ce qu'il a vu...Ravensbruck veut dire pont des corbeaux , lesquels perchés sur les toits des Blocks et bâtiments SS se nourrissent de déchets et de cadavres. Ils nous attendent. il n'y a pas un bébé dans ce camp, pas une mère parce que mettre au monde c'est mettre à mort. Alors se détacher de l'enfant. Tout de suite. L'ignorer désormais...tout de suite le deuil de l'enfant condamné comme nous toutes...Et qu'on ne dise pas à Mila que rien ne vaut la vie...''

Added 30/10/2018 by Djamal

Si c'est un homme by Primo Levi

Publication: Pocket . 1 vol. (213 p.) 18 x 11 cm

Témoignage ( l'un des premiers ) sur Auschwitz ( 1947 ). L'ingénieur chimiste Primo Lévi ( arrêté comme résistant en 44 ) écrit autant pour dénoncer le système concentrationnaire que pour se libérer intérieurement de l'inconcevable et autant avec une intention morale que pédagogique, parlant dans sa préface '' d' étude dépassionnée de certains aspects de l'âme humaine '', pour transmettre et mettre en garde avec l'envi de nous faire participer, de nous amener à la réflexion en restant vigilant.

Son récit aussi précis et détaillé dans ses descriptions ( quotidien, organisation du camp... comme s'il cherchait à rationaliser pour comprendre l'inexplicable ), que dépouillé de tout pathétique, raconte l'horreur avec des mots simples sur un ton neutre et le sentiment d'être en face de quelque chose qui remettait en cause la possibilité même d'en parler.

Le déporté précise : '' Je ne produis pas une oeuvre littéraire ( au sens premier ) , '' nulle ambition de faire un bel ouvrage '' ( bien qu'aujourd'hui mondialement reconnu comme '' chef-d'oeuvre '' ; on parle même de littérature concentrationnaire ! ). '' Non pas une prose documentaire mais une prose née d'une souffrance comme un document ''. Voilà un texte unique en son genre par son style et sa réflexion, difficilement classable et c'est pourquoi l'on peut se demander comment concilier l'expérience des camps et la littérature comme si cela revenait à représenter l'imprésentable...

Enfin, une question sans réponse ( ? ) qui taraude Primo Lévi : celle du pourquoi. Extrait ( dans une baraque du camp ) : '' ...Et justement, poussé par la soif, j'avise un beau glaçon sur l'appui extérieur d'une fenêtre. J'ouvre, et je n'ai pas plus tôt détaché le glaçon, qu'un grand et gros gaillard qui faisait les cent pas dehors vient à moi et me l'arrache brutalement. '' Warum ? '' dis-je dans mon allemand hésitant. '' Her ist kein warum '' ( ici il n'y a pas de pourquoi ), me répond-il en me repoussant rudement à l'intérieur. L'explication est monstrueuse, mais simple : en ce lieu, tout est interdit, non certes pour des raisons inconnues, mais bien parce que c'est là précisément toute la raison d'être du Lager ( le camp ) . Si nous voulons y vivre, il nous faudra le comprendre, et vite... ''

'' Vous qui vivez en toute quiétude bien au chaud dans vos maisons, vous qui trouvez le soir en rentrant la table mise et des visages amis, considérez si c'est un homme que celui qui peine dans la boue, qui ne connaît pas de repos, qui se bat pour un quignon de pain, qui meurt pour un oui ou pour un non. Considérez si c'est une femme que celle qui a perdu son nom et ses cheveux et jusqu'à la force de se souvenir, les yeux vides et le sein froid comme une grenouille en hiver. N'oubliez pas que cela fut, non, ne l'oubliez pas : gravez ces mots dans votre coeur. Pensez-y chez vous, dans la rue, en vous couchant, en vous levant ; répétez-les à vos enfants. Ou que votre maison s'écroule, que la maladie vous accable, que vos enfants se détournent de vous... ne l'oubliez pas ''.

Added 25/10/2018 by Djamal

ˆLa ‰zone d'intérêt by Martin Amis

Publication: Calmann-Lévy . 1 vol. (391 p.) 22 x 14 cm

Au départ une intrigue sentimentale : le bel officier Thomsen confie à son camarade son attirance pour la bourgeoise et plantureuse aryenne Hannah qu'il vient de croiser au cours d'une promenade. Elle est l'épouse du commandant Doll du Katz 1 qui rapidement s'aperçoit du manège et entend bien surveiller de près l'intéréssé. Voilà donc s'installer à l'ombre des fours crématoires une bluette ...Dès lors, trois voix vont s'entremêler et se partager le récit : Doll, alcoolique ridicule terrorisé par ses chefs et méprisé par sa femme, Angélus Thomsen, l'officier SS fou d'Hannah, neveu du secrétaire personnel d'Hitler, et, contrepoint dramatique au triangle amoureux pour rappeler l'horreur nazie ( la dimension tragique du roman ), Smulz, déporté juif hongrois chargé comme Sonderkommando d'évacuer les cadavres hors des chambres à gaz...

Le parti pris de l'auteur est simple : à la différence du célèbre témoignage de Primo Lévi, juif déporté évoquant pour la mémoire son expérience des camps, Martin Amis prend le risque de traiter le sujet d'une manière décalée par le prisme du grotesque ( pour mieux dénoncer l'horreur nazie ), du point de vu des bourreaux en insistant sur leur quotidien le plus banal, leurs conditions de vie dans le camp de concentration, pour dire que ces tortionnaires étaient aussi des hommes...

Eduqués ( combien de doctorats parmi eux ), qui s'ébattent, font état de leurs petites misères sexuelles, se divertissent, accompagnent leurs enfants à l'école ...On passe ainsi de l'incongru à la cruauté la plus extrême, l'extermination pour les uns ( les juifs ), le divertissement et la froideur administrative pour les autres. Comportement '' d'êtres humains normaux '' indifférents au sort des déportés uniquement perçus comme quantité à exécuter.

'' La zone d'interêt '' ( qui peut déranger ou choquer ) est donc bien un roman sur la banalité de ceux qui commettent le mal...

Sa force : hyper-documenté avec une connaissance fine de l'Allemagne de 33 à 45 et le traitement original du sujet. Sa faiblesse : des longueurs, des ramifications inutiles de l'intrigue plombant l'ensemble tandis que la construction du récit par l'alternance des points de vue peut rebuter.

Ecrire une farce sur Auschwitz ( sous la forme d'une comédie de moeurs ) pose la question du rire : le rire '' a-t-il sa place '' à Auschwitz ? Quand l'auteur choisit le grotesque pour dénoncer l'horreur, quand il ose raconter une bluette à l'ombre des fours crématoires, ce n'est pas par goût délibéré de la provocation ( ni transgression de tabou, bien que conscient des réactions de rejet ou de la réserve que sa fable glaçante est susceptible de provoquer ) mais tout simplement de revendiquer la liberté de fiction, comme s'il nous invitait à ne pas confondre un récit vu de l'intérieur de l'appareil concentrationnaire ( ce qu'est son livre ) d'un point de vu défendant les tortionnaires ( ce qu'il n'est pas ), livre qui par ailleurs fut refusé par ses éditeurs habituels ( Hanser en Allemagne et Gallimard en France ), jugé choquant...

Une remarque sur le titre '' La zone d'intérêt '', formule qu'employaient les nazis pour désigner la région d'Auschwitz avec une connotation économique car la Shoah fut aussi une opération commerciale qui devait s'avérer auto-suffisante en contribuant à l'économie allemande ( par accumulation d'or et d'argent et tout ce qui pouvait être récupéré et transformé : chaussures, vêtements, cheveux, or...). Le camp de concentration/ d'extermination industrielle fut aussi une entreprise bénéficiant aux grands noms du Capital...

Pour conclure, voici un passage qui montre superbement le ridicule et le délire de l'idéologie nazie trouvant son apogée dans l'Ahnenerbe ( l'institut de recherche chargé de démontrer de façon '' scientifique '' la supériorité de la race nordique ), en particulier dans la théorie de la glace cosmique, connue sous le terme de '' Principe de la glace mondiale ''. Elle avance que la Terre aurait été crée lorsqu'une comète glacée de la taille de Jupiter serait entrée en collision avec le Soleil. Les premiers Aryens auraient été méticuleusement moulés et formés au cours du trillénaire glaciaire qui aurait suivi. Ainsi seules les races inférieures descendraient des grands singes tandis que les peuples nordiques étaient préservés cryogéniquement depuis l'aube des temps terrestres, dans le continent perdu de l'Atlandide...

Added 22/10/2018 by Djamal

L'album d'Auschwitz by Texte Serge Klarsfeld, Marcello Pezzetti, Sabine Zeitoun

Publication: Al Dante | Fondation pour la mémoire de la Shoah . 150 p. 25 x 33 cm

Un document iconographique unique de l'anéantissement des juifs d'Europe constitué de 190 photographies prises par des SS en mai et juin 44, certaines accompagnées de commentaires pour mieux appréhender ce que fut la Shoah. Depuis l'arrivée des convois à la sélection opérée par les nazis pour le travail ( ou les chambres à gaz pour les '' inaptes ''); l'album ne montre pas les morts mais les vivants pour témoigner de l'humanité à laquelle les juifs appartenaient et que les nazis voulaient éliminer. A travers ce livre de vies détruites c'est un appel à la vigilance contre ce qui ne devrait jamais plus arriver. L'ouvrage, en plus de raconter les circonstances de sa découverte, décrit l'organisation du complexe d'Auschwitz ( machine à exterminer et zone d'intérêt économique au profit des entreprises allemandes ) et l'application de la '' Solution finale '' : l'extermination des juifs pour ce qu'ils étaient.

Ce principe de choix commandait un procédé inédit de mise à mort : l'asphyxie à l'aide de gaz toxiques, technique qui avait l'avantage de tuer en masse, à l'abri des regards dans des locaux fermés et peu exigeant en personnel qui s'engageait au silence absolu...

L'album a été trouvée dans le camp de Dora-Nordhausen dans le tiroir d'une commode d'une baraque allemande, après la libération du camp par une jeune déportée, Lili Jacob.

Added 18/10/2018 by Djamal

Auschwitz by Pascal Croci

Publication: EP éditions . 92 p. 32 x 24 cm

La BD montre l'impensable et l'ampleur d'un crime ( Auschwitz ) par un traitement réaliste et symbolique ( traits expressifs, noir et blanc, brume partout, atmosphère pesante ). Elle évoque plutôt que détaille ou résume la Solution Finale et le cheminement qui mène à la mort et dénonçant le nazisme et son application, veut sensibiliser les nouvelles générations au devoir de mémoire. Un voyage au bout de l'enfer nourri de témoignages de rescapés sur le quotidien du camp d'extermination. Première BD réaliste sur la Shoah, à Auschwitz, symbole de l'extermination des juifs en Europe...

Là, des grands yeux désespérés ( traits expressifs ) de déportés pour exprimer l'impossibilité de se révolter : on peut s'interroger sur l'absence de révolte, pourquoi ? La peur ! la peur insoutenable ! quand les nazis règnent par la terreur, la peur des déportés à qui on signifie que le respect et les lois humaines n'ont plus cours, et avant, déjà, la peur, après avoir traversé la moitié de l'Europe dans des wagons à bestiaux : impossible de se révolter...'' A l'aube des temps, les Chrétiens avaient déclaré : '' Vous ne pouvez pas vivre parmi nous comme juifs '' . Au Haut Moyen Age, les chefs séculiers décidèrent : '' vous ne pouvez plus vivre parmi nous . Enfin, les nazis décrétèrent : vous ne pouvez plus vivre ''... Added 18/10/2018 by Djamal

La disparition de Josef Mengele by Olivier Guez

Publication: Grasset . 1 vol. (236 p.) 21 x 15 cm

Comment '' l'Ange de la mort '', ancien tortionnaire d'Auschwitz ( 400 000 morts dans les chambres à gaz, il collectionnait les yeux comme d'autres les papillons ) a-t-il pu vivre en exil en Amérique Latine durant 30 ans après 49 sans être inquiété avant de s'éteindre mystérieusement sur une plage du Brésil ? Lorsque la plupart des médecins avaient carte blanche pour tout expérimenter au nom du programme de recherche nazi, tous arrêtés et jugés, lui fut longtemps oublié.

Avec l' érudition de l' historien, Olivier Guez raconte la plus grande chasse à l'homme de l'histoire du XXè siècle, récit biographique passionnant ( style sec / précis ) suivant la cavale et traque macabre ( avant la chute abyssale ) d'un salaud puissance 10000 réfugié en Amérique Latine. D'abord dans l'Argentine de Perron: la Dolce Vita, les honneurs, la vie de luxe, les affaires prospères, son réseau de complicité ( jusque l'arrestation d'Eichmann en 60 ) puis la traque, vingt ans de solitude et d'angoisse paranoïaque, d'amertume aussi comme une terrible punition. Le rat, soutenu ( ou presque ) ad vitama eternam par sa famille finira ruiné dans une favela de Sao Paulo...

Une vie sûrement plus simple s'il avait passé devant le tribunal ( de Nuremberg ) pour finir ses jours '' tranquillement '' en prison à écrire ses mémoires...

Guez ne lâche pas Mengele d'une semelle, pas de temps mort, complètement immergés dans l'histoire fourmillant de détails. On côtoie la '' Nazi society'', '' un nazisme tropical '' prospérant sous le soleil, fait de cerveaux accueillis bras-ouverts par le généralissime Perron qui rêve après la chute de l'Italie et de l' Allemagne ( fasciné par Hitler et Mussolini ), d'une Argentine aussi puissante qu'autoritaire ( et dans le contexte de '' Guerre Froide '' ), convaincu avec ses nostalgiques du IIIè Reich de l'imminence d'une Troisième Guerre Mondiale. On assiste à la capture d'Eichmann tandis que l'histoire avance dans le reste du monde sans que le vieil hitlérien n'y comprenne rien...

Guez interroge la psyché des criminels et '' la banalité du mal '' : Eichmann en Argentine ému aux larmes par ses propres récits, sa réussite ( '' 6 millions de juifs assassinés '' ) et ses regrets : il n' a pas rempli sa mission, '' l'annihilation complète de l'ennemi '', un devoir patriotique . Mengele se déclarant innocent des crimes dont on l'accuse : il s'est battu '' afin de défendre les valeurs traditionnelles incontestables et n'a jamais tué personne ''. Au contraire, en décidant qui était apte à travailler à Auschwitz, il a sauver des vies et n'éprouve aucune culpabilité, obéissant aux ordres parce qu'il aimait l'Allemagne ( '' légalement et moralement, je devais remplir ma mission, je n'avais pas le choix ''...).

La fin est résonnante : '' L'histoire d'un homme sans scrupules à l'âme verrouillée que percute une idéologie venimeuse et mortifère dans une société bouleversée par l'irruption de la modernité. Elle n'a aucune difficulté à séduire le jeune médecin ambitieux, à abuser de ses penchants médiocres, la vanité, la jalousie, l'argent jusqu'à l'inciter à commettre des crimes abjects et à les justifier. Toutes les deux ou trois générations, lorsque la mémoire s'étiole et que les derniers témoins des massacres précédents disparaissent, la raison s'éclipse et des hommes reviennent propager le mal. Puissent-ils rester loin de nous, les songes et les chimères de la nuit. Méfiance, l'homme est une créature malléable, il faut se méfier des hommes ''. Olivier Guez au plus près de Mengele : magistral et passionnant.

Added 18/10/2018 by Djamal

Mon père saigne l'histoire by Art Spiegelman

Publication: Flammarion . 1 vol. (160 p.) 24 x 16 cm

L'Idée géniale dans ce classique incontournable racontant les difficiles confidences d'un père à son fils ( Vladek le père, juif polonais rescapé d'Auschwitz ) d' incarner les protagonistes par des animaux : les Nazis sont des chats, les juifs des souris ( maus en allemand ), les polonais des cochons. Le récit, documenté, d'abord ancré dans l'histoire intime d'une famille pour laquelle passé et présent s'entremêlent ( des portes d'Auschwitz aux trottoirs de New-York, des années 30 aux années 70 ) pose des questions sur l' après-guerre : comment les survivants peuvent-ils envisager l'avenir ? La culpabilité d'avoir survécu alors que tant d'autres ont péri est-elle supportable ? Maus est le récit ( en noir et blanc ) de la traque d'un père par son fils ( l'auteur Art Spigelman ) pour lui arracher son histoire et en nourrir sa mémoire afin de la transmettre. A la fois BD audacieuse et chef-d'oeuvre littéraire qui a valu à son auteur entre autres distinctions, le prix Pulitzer en 1992. Incontournable. Added 13/10/2018 by Djamal

Le Fils de Saul by László Nemes, réal.

Publication: TF1 / Ad Vitam . 1 DVD vidéo (1h 47 min) 24

L'horreur des camps filmé comme un direct, un reportage ( vous assistez au massacre ), l'horreur telle qu'elle n'avait jamais été montrée au cinéma ni dans les images d'archives, magnifiquement portée à l'écran par l'acteur hongrois Geza Rhorig, nous rappelle '' La liste de Schindler '' ( puissance dix ) et le documentaire d'Alain Resnais '' Nuit et brouillard '' ( 56 ).

Au coeur de la machine à tuer d'Auschwitz ( en 44 ), le juif Saül Auslander, intègre le Sonderkommando, groupe de détenus sursitaires forcés d'assister les nazis dans leur plan d'extermination, forcés d'accomplir à la chaîne les plus dégradantes besognes ( '' Nous sommes les gens les plus tristes sur terre '' ) : dévêtir les arrivants des convois des déportés avant la '' douche '', les rassurer, les pousser dans les chambres à gaz...En longs plans séquences, caméra à l'épaule, caméra vissée sur le visage creusé, yeux las et révoltés de Saül...on le suit Saül et tout ce que l'on voit est ce qu'il voit...

Après '' la douche '', dans les chambres à gaz où Saül se veut rassurant auprès des siens, l'image devient floue, l'horreur hors-champ presque toujours ( devant l'horreur ), le regard se détourne...

Si Saül est déjà mort ( il le sait, il est sursitaire, yeux éteints, douleur muette, il a franchi le Styx portant sur le dos de sa veste une grande croix rouge, il est ciblé), ce qui ne veut pas s'éteindre, c'est l'étincelle d'humanité, Saül en résistance lorsque dans une chambre à gaz il croit reconnaître le cadavre de son fils à qui il décide de donner une vraie sépulture, demande et supplie qu'un kaddish soit prononcé sur sa tombe, pour qu'il ne soit pas jeté à la fosse commune parmi les cadavres, lui, l'enfant et tous ces juifs, tous '' ces morceaux '' comme les appellent les maîtres du camps, leur déniant le nom d'hommes...

Histoire de survie et de souffrance au coeur de l'indicible, une mémoire aussi pour aujourd'hui et pour demain. '' Le film, conclue Lazlo Nemes, ne peut être beau, le film ne peut être séduisant. Ne pas faire un film d'horreur, rester avec Saül '' et continuer à '' penser '' ( sur soi, ses actes et la norme ), contre l'absence de pensée, contre les totalitarismes et '' la banalité du mal '' ( c'est à dire la médiocrité quand la pensée démissionne ) ...Quand des petits fonctionnaires médiocres appliquaient mécaniquement ( démissionnaires de la pensée et donc possiblement coupables de leurs actes ) les consignes d'officiers SS convaincus que le '' juif '' était l'ennemi à abattre de l'Allemagne... Added 12/10/2018 by Djamal

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L'amour après by Marceline Loridan-Ivens

Publication: Grasset . 1 vol. (156 p.) 21 x 13 cm

Hommage à l'une des dernières voies de la Shoah ( 1928-2018 ), compagne et amie de Simone Weil, morte il y a quelques jours le soir du Kippour. Marceline Loridan-Ivens, écrivaine et cinéaste, a été déportée à Auschwitz ( à l'âge de 15 ans en 42 ) parce qu'un petit ramasseur de noisettes n'avait pas été suffisamment payé. Elle a retrouvé il y a quelques années la lettre de dénonciation à la Gestapo. On voyait à quel point quelques noisettes pouvaient faire basculer une famille entière dans l'oubli car les premiers révisionnistes de l'histoire, les Nazis, à mesure qu'ils détruisaient, voulaient détruire la destruction pour qu'il n'y ait non pas seulement plus de présence juive sur terre mais plus de souvenir de présence juive sur terre. On pourrait imaginer, avant que la Shoah ne tombe dans l'oubli parce que tous les événements tombent dans l'oubli, que l'on puisse un jour édicter un chant ( de la Shoah ) comme celui de L'Iliade et L'Odyssée car si la Guerre de Troie a toujours lieu aujourd'hui, c'est bien grâce au chant d'Homère. Il faudra donc trouver un moyen de ressusciter tous ces morts par un long moment qui pourra détruire l'oubli à coup de génie, de prosodie ou de poésie.

'' L'amour après '' n'est pas seulement le témoignage poignant que fait Marceline de sa reconstruction après l'horreur des camps, le récit courageux sur son expérience de l'amour et du désir ( car comment aimer quand on a été déporté à 15 ans ? ), son rapport au corps, à la chair, ses amours après la Guerre et l'urgence de vivre intensément avec ce besoin, par l'engagement et l'action, de se connecter au monde et de vouloir ( parce que trop marquée ) le changer pour retrouver sa part d'humanité. '' L'amour après '' est aussi le rappel, effrayée par la montée de l'antisémitisme et l'oubli progressif de la Shoah, de l'importance de continuer de préserver la mémoire. Mais comment enseigner la Shoah quand la tendance de fond semble au bannissement du mot, avec la difficulté à la raconter, au rappel de la concurrence des mémoires, des ados affirmant que '' l'on parle trop des juifs '' jus qu' à l'affirmation d'un nouvel antisémitisme sur fond de montée des populismes ?

Marceline raconte l'amour après les camps depuis son petit duplex sous les toits de St Germain des Prés, leçon de vie et d'amour, elle a retrouvé à 89 ans '' sa valise d'amour '', trésor vivant des lettres échangés avec les amours de sa vie et se souvient... Petit bout de femme, rousse à longue jupe avec crinière rouge pétaradante et sourire extra-large, numéro de matricule gravé sur avant-bras : 78.750 '' ...Shalom a lekhem, madame...

'' Mon corps de femme s'est dessiné en même temps qu'il était condamné. A Auschwitz. Que faire de lui ensuite puisque j'avais survécu ? Serait-il capable de désir, de plaisir...D'aimer tout simplement ? ...Je suis revenue de là-bas comme glacée de l'intérieur, j'ai mis tellement de temps à être dans la vie, à pouvoir simplement écouter de la musique..''

Added 11/10/2018 by Djamal

ˆLes ‰portes du néant by Samar Yazbak

Publication: Stock . 1 vol. (290 p.) 22 x 14 cm

Figure de l'opposition au régime syrien, Samar Yazbek, exilée à Paris en Février 2011, a vécu l'horreur de la guerre, raconte, taraudée par la douleur et la nostalgie de son pays, ses trois voyages au bout de l'enfer et son livre, document exceptionnel, dresse le portrait bouleversant d'un peuple aux portes du néant.

Elle écrit au nom de ceux qui se battent pour survivre, passant clandestinement la frontière turque, rampant sous les balles, rasant les ruines d'une ville syrienne, au plus près des gens ( grottes, caves, salons sans murs soufflés par les déflagrations ), croisant deux enfants maigres jouant et à peine sursautant au bruit d'un baril d'explosifs largué avec fracas; elle raconte, stoppée au premier voyage avec ses amis par les barrages de l'Armée syrienne libre ( ALS ) en lutte contre Bachar, au dernier par les check points de Daesch qui confisquera la '' Révolution '' aux rebelles.

Observant la haine monter entre syriens ( '' Es-tu chiite, alaouite, sunnite ? '' ), son livre, s'il rêve de réconciliation et d'unité, s'il est un cri contre la violence meurtrière et la guerre confessionnelle voulue par le régime ( '' Diviser pour régner, mais où est la victoire ? Nous sommes tous des perdants ...'' ), il est aussi la promesse tenue aux habitants de témoigner de l'horreur : '' Jures-nous de raconter, Samar, ne meurs pas et demeure ce fil qui nous relie au monde ''. Prix du Meilleur livre étranger 2017. Added 08/10/2018 by Djamal

Le Caire Confidentiel by Tarik Saleh, réal.

Publication: Memento Films . 1 DVD vidéo (1h 51 min) 24

Inspirée d'une histoire vraie ( l'affaire Taalat Moustafa, commanditaire de l'assassinat de la chanteuse Suzanne Tamim en 2008 ), le film de Tarek Saleh ( auteur de documentaires sur Guevara et Guantanamo ) est un polar poisseux dans la meilleure tradition de la Série Noire. Lorsqu'une célèbre chanteuse est retrouvée morte dans un palace du Caire, la hiérarchie conseille rapidement à l'inspecteur Noureddine de lâcher l'affaire. A quoi bon se mouiller la chemise : le coupable, riche promoteur immobilier, est un proche du Président...L'imbécile s'obstine tandis que Place Tahrir, la tension gronde chez le peuple... Le polar, entre fiction et réalisme de reportage ( Le Caire, janvier 2011 ), tout en évoquant la déliquescence sociale et morale, pose un constat politique amer dans l'Egypte des généraux où veille '' l'Etat profond '' : c'est que la '' Révolution '' fabrique des '' cocus de l'Histoire '' et ce sont les '' salauds '' qui, à la fin, profiteront de l'éruption populaire. Comment un tel film a-t-il pu être réalisé en Egypte ? C'est qu'en plein tournage, les services de sécurité ont fait leur petit rappel à l'ordre, le polar achevé au Maroc, à Casablanca. Added 06/10/2018 by Djamal

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Haytham by scénario Nicolas Hénin

Publication: Dargaud . 1 vol. (80 p.) 29 x 22 cm

Lu au collège en 3èm, cours d'histoire. Haytham est un jeune réfugié syrien qui nous prend par la main pour nous raconter son histoire : la guerre civile en Syrie, la fuite de Deraa avec sa famille et sa formidable intégration en France. Son histoire est racontée par Nicolas Hénin, grand reporter spécialiste de la Syrie tandis que l'enfant a lui même participé à l'écriture du scénario. Le récit passionnant éclaire l'actualité de façon très humaine et sa lecture pourrait être proposée dès le collège pour comprendre toute la difficulté de quitter un pays en guerre et de se faire une place dans un pays d'accueil. Added 05/10/2018 by Jassem

Une fille dans la jungle by Delphine Coulin

Publication: Grasset . 1 vol. (237 p.) 21 x 14 cm

Quand les autorités décident de démanteler la jungle de Calais, une poignée de migrants s'accrochent toujours à leur rêve, tout proche des rives britanniques. Parmi eux six adolescents, mineurs en guenilles survivant dans la boue, le froid et la faim au milieu des tentes et des baraques. Il y a Milad, le chef et son petit frère, échappés des talibans, Hawa, éthiopienne promise à un injuste mariage, Elira, la belle albanaise, Ali et Ibrahim. Tous apprennent dans la crasse la débrouille, à rester humains et vigilants face aux menaces des clans : des racketteurs albanais et soudanais, '' gardiens des parkings '', au clan des Egyptiens qu'ils doivent affronter dans l'horreur de la jungle. On est touché par cette bande de damnés qui résiste avec toute la force et l'espérance de leurs jeunes années. Delphine Coulin nous livre ainsi un témoignage bouleversant et un beau travail d'engagement. Added 05/10/2018 by Jassem

Bienvenue à Calais by Texte Marie-Françoise Colombani

Publication: Actes Sud . 1 vol. 17 x 12 cm

Ce tout petit livre révèle les destins cabossés de la jungle de Calais ( 2016 ). Une prof d'université afghane égarée là avec ses quatre enfants, une petite kurde d'Irak qui dessine inlassablement des maisons et des barbelés, sans jamais pleurer...Ce sont des pages bouleversantes qui donnent des visages à celles et ceux que l'on appelle indifféremment, sans les connaître, les '' migrants ''. Added 05/10/2018 by Jassem

Jamais by Duhamel

Publication: Bamboo édition . 1 vol. (56 p.) 32 x 25 cm

Madeleine est une charmante veuve nonagénaire vivant seule avec son chat et le souvenir de son mari avec lequel elle communique toujours dans sa maisonnette de Normandie . Elle l'aime cette maison plus que tout comme son chat et son homme qui n'est plus là, sa maisonnette plantée sur une falaise grignotée par l'érosion.... La recluse ne voit pas le danger, Madeleine, aveugle comme elle est, et s'en fout de toute façon, Madeleine, têtue comme une mule comme elle se fout de l'autorité municipale qui voudrait la déloger pour la mettre à l'abri...L'indomptable se braque, féroce, farouche, intransigeante et nous fait sourire avec sa gouaille et son humour...BD touchante sur la liberté de choisir et le temps qui passe. Comment ne pas être admiratif devant une telle force de la nature et son obstination à résister ? Added 05/10/2018 by Djamal

Scandale à New York by Pétillon, Rochette

Publication: Albin Michel-Bandes dessinées 32 x 24 cm

Pétillon toujours ! Sujets casse gueule ( nationalisme corse, '' voile islamique '' ) ou pas, c'est toujours abordé avec finesse, toujours aussi Pétillon : un grand dessinateur s'en est allé : place à l'humour ! Added 04/10/2018 by Djamal

L'affaire du voile by René Pétillon

Publication: Albin Michel-Bandes dessinées . 46 p. 32 x 24 cm

Le détective Jack Palmer perdu dans les méandres du fondamentalisme musulman où les défenseurs d'un islam rigoriste sont tout aussi ridicules que le père dentiste bourgeois craignant pour sa fille convertie et disparue . Satire attendrie jamais agressive. De l'absurde, du cocasse ou l'art de dédramatiser : ça passe. Une scène dans l'album, celle de deux jeunes hauts-fonctionnaires venus négocier sur un conflit autour de l'occupation d'une mosquée, incapables d'arriver à une solution, très engoncés dans leurs présupposés ingurgités à l'E N A... Added 04/10/2018 by Djamal

L'enquête corse by Pétillon

Publication: A. Michel . 52 p. 33 cm

Le plus empoté et incompétent des détectives privés, un peu '' martien '', mal fagoté sur son imperméable trop grand pour lui. Situations absurdes et grotesques : l'enquête corse est un concentré ironique de tous les clichés accompagnant l'île de beauté qui vaudra à son auteur d'être traduit en corse, adapté au cinéma ( 2004 ), jusqu'à devenir citoyen d'honneur de la ville de Bastia. La dérision insulaire, toujours en bonne place aujourd'hui dans les boutiques de souvenirs de l'île au côté d'un autre grand classique : '' Astérix en Corse '' ... Added 03/10/2018 by Djamal

Un certain climat by Pétillon

Publication: Dargaud . 1 vol. (230 p.) 27 x 22 cm

Hommage à l'un des derniers monstres sacrés du dessin de presse, pilier du '' Canard enchaîné ''. Pétillon a définitivement tourné la page à 72 ans des suites d'une longue maladie. Excellant aussi bien dans le dessin politique que la BD, le créateur du célèbre détective Jack Palmer ( Prix du meilleur album au Festival d'Angoulême pour '' l'enquête corse '' ( 2000 )) restera l'un des plus brillants croqueur - commentateur - portraitiste de la société contemporaine comme en témoigne ce recueil sous forme d'abécédaire ( de A comme Afrique à Z comme zadiste : 350 instantanés parus dans le '' Canard enchaîné '' ) couvrant l'actualité des dix dernières années . Added 03/10/2018 by Djamal

L'archipel du Chien by Philippe Claudel

Publication: Stock . 1 vol. (282 p.) 22 x 14 cm

Une histoire forte et résonnante en écho avec une terrible actualité, une fable noire sur le mystère humain, des personnages archétypaux et symboliques qui nous disent quelques vérités de nous-mêmes, un lieu imaginé, petite communauté éloignée d'hommes sur un îlot paradisiaque et volcanique, dans une sorte de Méditerranée, '' Mère Lachaise des réfugiés '', un projet immobilier et trois corps échoués, rejetés par la mer...

La question : comment le maire ( l'autorité ), le prêtre ( la religion ), l'instit ( le savoir ), le médecin et une vieille femme ( science et sagesse ) réagiront devant ces corps, où chacun ( ce qui est terrible dans la vie ) a ses raisons, où tout homme est une nuit, où le crime aussi est fait du silence des hommes ? A quelle(s) compromission(s), à quelle(s) lâcheté(s) sommes-nous prêts pour continuer à vivre tranquille ? L'auteur observe un microcosme d'assoupis dans un confortable entre-soi, parabole puissante et romanesque pour griffer les consciences, sur la tragédie des migrants... Added 29/09/2018 by Djamal

Kill or be killed by scénario Ed Brubaker

Publication: Delcourt . 1 vol. 29 x 19 cm

Dylan, 28 ans, est un étudiant dépressif. Un soir, après une dispute avec son colocataire, il se jette du haut de son immeuble; Sa chute est amortie par un gros tas de neige. De retour dans sa chambre, il reçoit la visite d'un démon qui lui annonce qu'il devra tuer une personne tous les mois, sous peine de mourir lui-même ! Le récit de Ed Brubaker est accompagné par le dessin de Philipps qui fait preuve d'une puissance et d'une efficacité imparables. Added 29/09/2018 by Pierre

Fief by David Lopez

Publication: Seuil . 1 vol. (251 p.) 21 x 14 cm

251 pages scandées comme du rap avec la puissance du flow et une dose d'énergie qu'on trouve chez les rappeurs à punchline dans la langue de PNL. Avec Lopez, ça cogne ! '' Boxeur-rappeur-sociologue '' et depuis tout jeune, '' écrivain '', Lopez écrit avec ses tripes et des gants de boxe : sa gauche : un master de sociologie, sa droite : un master de création littéraire, sans chercher à faire dans la joliesse, sans chichi ni manières . '' Tu vois Gros, si tu veux écrire, t'as pas besoin de respecter les codes de l'écriture traditionnelle, tu peux les dépasser pour dépasser tes complexes ...surtout après avoir lu Céline ! ...''

Lopez connait bien ce lieu bâtard où vivent ses personnages pour y avoir vécu, la France suburbaine rarement célébrée, '' classe moyenne moyennement classe où tout le monde cherche sa place '' ( Orelsan ) ''. '' Chez nous, il y a trop de bitume pour qu'on soit de vrais campagnards et trop de verdure pour qu'on soit de vrais cailleras ''. Un entre deux identitaires entre ville et campagne où stagnent ses personnages de chômeurs/ dealers '' petit format '', entre séances de fumettes et interminables parties de cartes, où les rares fois que l'on quitte le terroir pour s'aventurer dans des lieux voisins, c'est le '' choc culturel '', sociologiquement lointains....Où quand on a comme Jonas ( le narrateur ) l'étoffe d'un boxeur professionnel, on s'empêche, rétif à l'injonction sociale puisque '' réussir c'est trahir '', où l'on préfère rester dans un entre soi et se contenter de ce que l'on a ( sur sa terre ) dans une forme de désarroi et de servitude volontaire.

A leurs vies empêchées, Lopez insuffle l'énergie d'une écriture orale- syncopée, la langue ( le fief ) qu'ils portent fièrement, puissante et musicale pour exprimer leur façon d'être au monde : la tchatche de Lahuiss pour séduire les filles, Potto la mitraille, pro du rap et de l'insulte et Jonas qui promène son spleen sans mâcher ses mots...

Dans un flow de 200 pages et plus de punchline ! '' Quand ça marque, c'est ça une punchline, ça te met KO et quand on te met KO tu t'en souviens '' ( Booba ). Il faut reconnaître Gros, une fois la lecture terminée ( qu'on apprécie ou pas le style, qu'on accroche ou pas ), que pour tenir ce rythme, il faut du souffle : l'exercice est brillant ! Céline aurait applaudi ( qui dirait '' ça tue, ça poutre, ça dépote grave mon gaillard ! ) ...On respire, un peu sonné comme un bel uppercut reçu en pleine gueule et '' Messire '' Lopez, de retour sur son fief, à cultiver sa langue, peut se reposer sur sa belle victoire, auréolé d'un prix et d'une gloire toute récente...

'' On sort de la rue piétonne pour déboucher sur une autre, il y a des terrasses de restaurant. A notre passage on nous observe. Faut dire qu'on fait du bruit. Romain est colérique, Poto et Miskine parlent fort quand ils lui disent de fermer sa gueule. Habib rit comme une hyène tandis que Ixe doit hurler pour faire entendre ses blagues toutes flinguées qui nous fait marrer quand même. Je demande à Sucré, Sucré, comment ça se fait que par exemple si je creuse pour aller en Chine ou en Australie ou je sais pas où, bref juste en dessous quoi, il me coupe et dit ouais, ou au Pakistan, et je dis oui bref tu vois ce que je veux dire, et il fait ouais, ou bien aux Philippines, et je dis non on s'en fout en fait admettons que je creuse tout droit tu vois, peu importe où ça mène, et il fait ouais, mais ça s'trouve tu vas arriver en pleine mer, et il rigole, et je dis mais putain t'es relou j'ai une vraie question à poser gros, et je fais semblant de lui envoyer une combinaison gauche droite crochet au corps. Il dit bah vas-y et je dis donc, si je creuse pour aller en Chine, t'es bien d'accord que je vais creuser vers le bas, t'es d'accord, il dit ouais, et je dis alors quand je vais arriver en Chine, je vais sortir de sous terre, donc je vais creuser vers le haut. Il y a un silence. J'ai fait des gestes explicites, genre je tiens une pelle dans les mains et je creuse vers le bas d'abord, vers le haut ensuite. On se regarde, et je demande, à quel moment je me retourne en fait ? Carrément il s'arrête de marcher pour réfléchir et Romain lui rentre dedans, bah alors Sucré qu'est-ce qui te prend de piler comme ça dans la rue quand tu marches, et puis il avance et il passe son bras autour des épaules de Poto, ce soir on va choper des meufs ouais, et Poto lui répond mais vas-y wesh t'es bourré, si y a des meufs viens pas les voir avec tu vas m'afficher ''...

Added 22/09/2018 by Djamal

La rentrée n'aura pas lieu by Stéphane Benhamou

Publication: Don Quichotte éditions . 1 vol. (169 p.) 21 x 14 cm

Alors que Bison Futé prévoyait des journées noires sur les routes, quelque chose s'est déréglée dans la mécanique de rentrée des congés : le dernier week-end d'Août, 11 millions de Français ( et des centaines de milliers de fonctionnaires ) ont décidé avec un certain nonchaloir, sans préavis ni concertation, que pour eux la rentrée n'aurait pas lieu...De quoi titiller les Pouvoirs ! La '' Technostructure '' n'apprécie pas le changement et encore moins la désertion, surtout les adeptes de l'employabilité qui '' après avoir crû forger l'employé modèle, se retrouvent orphelins de ressources enthousiastes, flexibles, adaptables, polyvalentes, évolutives ''...11 Millions de squatteurs, de planqués, de tire-au-flanc, de tire-au-cul évanouis dans la nature ... entassés dans le Sud...

On s'énerve ( actifs et '' Rentrés '' ), l'extrême droite éructe, on convoque fissa fissa une kyrielle d'experts en ressources humaines et psychologie du travail pour comprendre l'étrange phénomène et l'on charge un petit fonctionnaire du Ministère des Transports ( un plumitif s'occupant de l'information sur les autoroutes ), Michel Chabon, loyal et compétent, de parcourir les chemins du Sud pour comprendre de quelle étrange épidémie ce nouveau peuple sécessionniste est frappé pour vouloir qu'on les oublie un peu...apprenant que le village de Moustiers, l'un des hauts lieux de résidence des aoûtiens ( devenue une ZAD ) serait l'épicentre de cette crise à l'allure de '' Révolution silencieuse ''... Avec cette mise en garde de la châtelaine de Moustiers, épouse de ministre, observant plus recluse que jamais depuis sa forteresse, la '' canaille '' et reprenant les sombres paroles de Madame Julien à son fils, prononcées durant La Terreur : '' Mon cher, mon bon ami, les loups ont toujours dévoré les moutons ; les moutons vont-ils cette fois dévorer les loups ? ''...

Histoire anxiogène ? La France en crise a peur en Septembre, comme elle a eu peur en 68, tendue comme une corde de violon... Et si une telle histoire, gentiment subversive se réalisait un jour ? L'auteur s'en amuse et sur un ton léger et une approche originale, quasi documentaire pose quelques questions sur le sujet central du livre : la question du travail ... Added 21/09/2018 by Djamal

Le Sens de la fête by Eric Toledano, Olivier Nakache, réal.

Publication: Gaumont . 1 DVD vidéo (1h 56 min) 24

Un rôle en or pour l'éternel grincheux du cinéma français qui fait bien rire l'assistance en généreux traiteur et organisateur d'un mariage tournant rapidement au désastre dans un château du 17è siècle. Echanges hilarants entre un grognard dépassé, quelques personnages pittoresques et une petite bande de bras cassés aussi attachants. Chanteur ringard, mari tête à claques, photographe lourdingue, beau-frère dépressif...ça déborde, ça frétille, ça fulmine ! Mais c'est aussi une belle histoire de solidarité, pleine de tendresse, d'humanité et la dessus, la trombine de Bacri à faire la fête dans ce mariage d'enfer vaut bien le détour ... Added 15/09/2018 by Djamal

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La daronne by Hannelore Cayre

Publication: Points . 1 vol. (176 p.) 18 x 11 cm

Patience Hortefeux, ménagère de 53 ans ( veuve, le sens de la formule et un quintal de shit dans sa cave récupéré d'un Go fast ) est depuis une vingtaine d'années interprète judiciaire pour la brigade des stups. Elle bosse au noir ( ! ) pour la Justice ( ! ), à l'écoute des conversations téléphoniques en arabe entre dealers : le deal et le shit pour elle n'ont plus de secret. Mais les temps sont durs pour Patience qui dans son petit trois pièces de Belleville doit payer l'Ephad de maman après s'être saignée pour ses filles ... Elle voudrait mettre du beurre dans ses épinards. Que croyez-vous qu'elle fit le jour où une cargaison se perdit à la sortie d'une autoroute ? Petite entorse à la morale ? La belle occasion de se faire du '' Gros Argent ''... bientôt affublée d'une tenue de '' blédarde chic '', en respectable femme d'affaires maghrébine ( elle pose sur la couverture ), la voici prête ( entre deux pétards et deux sacs Tati ) à fracasser les murs comme de la très grosse racaille : Patience Hortefeux devient '' La Daronne ''... farouche, poilante, euphorisante et l'ironie féroce. La Daronne se lâche, cash et tranchante : trafiquants, religion et justice en prennent pour leur grade dans cet excellent polar. Grand prix de littérature policière 2017.

'' Quatorze millions d'expérimentateurs de cannabis en France et huit cent mille cultivateurs au Maroc. Les deux pays sont amis et pourtant ces gamins dont j'écoutais à longueur de journées les marchandages purgeaient de lourdes peines de prison pour avoir vendu leur shit aux gosses des flics qui les poursuivent, à ceux des magistrats qui les jugent ainsi qu'à tous les avocats qui les défendent. Du coup ils devenaient amers et haineux. On ne m'enlèvera pas de l'esprit que cette débauche de moyens, cet acharnement à vider à la petite cuillère la mer de shit qui inonde la France, est avant tout un outil de contrôle des populations en ce qu'elle permet de vérifier l'identité des Arabes et des Noirs dix fois par jour. Quoi qu'il en soit le trafic de stups m'a fait vivre pendant 25 ans au même titre que les milliers de fonctionnaires chargés de son éradication ainsi que les nombreuses familles qui sans cet argent n'auraient que les prestations sociales pour se nourrir. Même aux Etats-Unis, en matière de dépénalisation, on était moins con que chez nous, et c'est pour dire. On y vidait les prisons pour laisser de la place aux vrais criminels. Tolérance zéro, réflexion zéro, voilà la politique en matière de stupéfiants pratiquée dans mon pays pourtant dirigé par des premiers de la classe. Mais heureusement, on a le terroir...Etre cuit du matin au soir, ça au moins c'est autorisé. Tant pis pour les musulmans, ils n'ont qu'à picoler comme tout le monde s'ils ont envie de s'embellir de l'intérieur. Et je ressentirais de la culpabilité ? quelle blague ! ''...

Added 11/09/2018 by Djamal

Ces jours qui disparaissent by Timothé Le Boucher

Publication: Glénat . 1 vol. (192 p.) 28 x 21 cm

Le personnage, Lubin Maréchal , jeune acrobate d'une vingtaine d'années, se rend compte chaque matin à son réveil qu'une journée entière s'est écoulée sans en avoir le moindre souvenir comme s'il vivait un jour sur deux et durant cette absence, un double différent, plus pragmatique et ambitieux ( plus chiant aussi ) attiré par le gain et la réussite, voudra dominer la personnalité originelle au risque de la faire disparaître...

Qui de '' l'artiste '' ou de '' l'homme d'affaires '' ( disons la passion ou l'argent ) survivra dans cette histoire de dissociation identitaire ? Deux visions s'affrontent ou comment l'usage de la métaphore par l'auteur est un moyen au-delà du fantastique de parler de la difficulté de vivre du métier de la bande dessinée, une manière de s'interroger sur la rentabilisation de l'art. Que feriez-vous si vous ne pouviez vivre de votre passion ? La BD par exemple, profession ( bien connue ) de créateurs privilégiés ( précarisés ) ? Peut-on vivre de son art ou doit-on exercer en parallèle un autre métier ? L'auteur, Timothé Le Boucher ( deux albums publiés depuis l'Ecole des Beaux-Arts d'Angoulême ) s'était posé la question à l'issue de ses études d'art. Ces deux possibles ( l'idéal et le pragmatique ) lui ont inspiré l'idée du personnage vivant un jour sur deux pour témoigner d' une réalité très éloignée des clichés du bédéaste souvent perçu comme un chanceux passant sa journée à illustrer des histoires. Or, selon les Etats généraux de la BD tenus en 2016, plus de la moitié de la '' confrérie des bédéastes '' toucherait moins du Smic tandis qu'un tiers ramerait sous le seuil de pauvreté... Added 04/09/2018 by Djamal

Ceux qui restent by Lupano

Publication: Dargaud . 1 vol. (56 p.) 30 x 23 cm

Un road-movie, des secrets de famille et le rêve de toujours vouloir changer le monde...Trois vieillards amis d'enfance ( deux siècles à eux trois ! ), unis par un secret bien gardé, se retrouvent à l'occasion d'un enterrement : un anar explosif ( Pierrot ), un gros nounours tatoué ( Mimile ) et un jaloux incandescent, ex-délégué syndicaliste ( Antoine )... En guest star, une jeune mignonette bouillonnante ( Sophie, enceinte, la plus raisonnable de la bande), s'ajoutera au trio, bientôt embarqués dans une folle équipée lors qu' Antoine entreprendra sur un coup de sang d'exécuter son ancien patron après avoir découvert quelques gambades et batifolages entre celui-ci et sa défunte épouse... 25 ans plus tôt...Dans un genre de délire '' rétro-jaloux '' ! Après tout il n'y a pas d'âge pour commettre un crime passionnel...Sera-t-il forcé l'Ancêtre par sa '' gracieuse '' fille de renoncer à son mortel projet ? Plus qu'une simple comédie en mode '' road-movie '' vers la Toscane à la poursuite d'Antoine, une piquante comédie sociale racontant, en creux, sur un mode tragi-comique ( enjolivé de dialogues poivrés à la Audiard ) l'écroulement de nôtre société et ses bouleversements depuis 50 ans. Nos lascars ( un pied dans le passé, l'autre vers un avenir inquiétant ) voudraient '' redresser la barre '' et puisque '' vieillir est le seul moyen de ne pas mourir '', il leur reste encore du temps pour emmerder le système le plus longtemps possible...Papys anars '' vénères '' en mode '' lutte des classes '', libidos portés sur la subversion ! Volume 5 bientôt disponible chez vos libraires ; actuellement projetés en salle ( avec Pierre Richard, Eddy Mitchell, Roland Giraud et la donzelle Alice Pol ), en comédie de fin d'été... Added 01/09/2018 by Djamal

Les deux vies de Baudouin by scénario & dessin Fabien Toulmé

Publication: Delcourt . 1 vol. (268 p.) 27 x 20 cm

Mr Baudouin passerait-il à côté de sa vie ?...D'une Platitude !...Ce trentenaire à la gueule d'intello, pas très sexy, juriste dans une grande entreprise pourrait être heureux, censé avoir tout pour lui, comme son frère, épicurien, séducteur, voyageur...( ce qu'il n'est pas ). Hélas ! l'homme est bouffé par l'ennui, sa vie sentimentale frôle le zéro tandis qu'il a ce rêve depuis longtemps d'être musicien...Comment faire ? A quel moment sauter le pas ? Si l'on ajoute que Mr Baudouin est atteint d'une tumeur qui lui laisse quelques mois à vivre, voilà peut-être une occasion de rattraper le temps perdu ! ...Tout plaquer par exemple et partir en Afrique avec le frère.....Belle histoire d'amour fraternel avant tout et réflexion sur le sens de la vie, '' Les deux vies de Bédouin '' ( une leçon de vie ) séduit par son humour et la justesse de ses dialogues : '' On a deux vies et la deuxième commence quand on se rend compte que l'on en a qu'une ''. Alors Mr Baudouin...Carpe Diem ! Added 31/08/2018 by Djamal

Entrez dans la danse by Jean Teulé

Publication: Julliard . 1 vol. (158 p.) 21 x 14 cm

Strasbourg 1518. Une épidémie de danse s'empare de la population, entraînant avec elle les misérables strasbourgeois ( et strasbourgeoises ) dans une démence sans précédent. Cet été, des affamés, des épuisés, des rongés par les remords ( on mange ce qui reste : nourrissons, nouveau-nés et petite enfance ), n'ont plus d'espoir. Les autorités sont vite dépassés et rien ni personne ne semble pouvoir arrêter ce fléau. Qu'adviendra-t-il de la plèbe strasbourgeoise qui déjà angoisse à l'annonce d'une envisageable invasion turque ? Style '' surprenant '', je découvre l'auteur et son écriture, farcie d'expression populaires ( comme on dit '' fleuri '' ) et d'humour contemporain : techno-parade ou rave party ( au 16èm siècle ) pour dire farandole ! Un lecteur de Teulé m'a conseillée parmi ses '' merveilles '' ( à dévorer me dit-il ! ): Charly 9 ( la Saint-Barthélémy ), Mangez-le si vous voulez ( le lynchage d'un homme par la foule en 1870 pendant la guerre franco-prussienne ), Fleur de Tonnerre ( une sérial-killer bretonne sous le Second-Empire ) et d'autres joyeusetés ! Quelques joliesses à l'occasion. Added 31/08/2018 by Tamara

L'amour après by Marceline Loridan-Ivens

Publication: Grasset . 1 vol. (156 p.) 21 x 13 cm

Beau récit avec des anecdotes qui font passer du rire aux larmes. Added 29/08/2018 by Sacha

Le Sens de la fête by Eric Toledano, Olivier Nakache, réal.

Publication: Gaumont . 1 DVD vidéo (1h 56 min) 24

Max est traiteur depuis 30 ans. Il a organisé des centaines de fêtes. Aujourd’hui il organise le mariage de Pierre et Héléna dans un château du 17ème siècle. Comme d'habitude, il a tout coordonné, a recruté sa brigade de serveurs, de cuisiniers, de plongeurs, il a conseillé un photographe, réservé l'orchestre, arrangé la décoration florale. Tous les ingrédients sont réunis pour que cette fête soit réussie... Mais la loi des séries va venir bouleverser la fête. Jusqu’à l'aube, nous allons vivre les coulisses de cette soirée à travers le regard de ceux qui travaillent et qui devront compter sur leur unique qualité commune : Le sens de la fête. Un film choral drôle et rythmé. Les acteurs jouent leur partition à merveille. Une comédie à ne pas rater ! Added 24/08/2018 by Sarah

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Les Ducon & Ducon by Tronchet

Publication: Fluide glacial . 1 vol. (48 p.) 30 x 23 cm

Qu'est-ce-que la connerie ? La décontraction de l'intelligence et que peuvent bien raconter ces deux cons magnifiques que sont les Ducon et Ducon ? Deux cons sublimes, amis explorateurs et professionnels de la bêtise humaine qui ne s'épuisent jamais...'' Hé ! c'est peut-être pas si con d'être con...quand t'y réfléchis ! ''....Sympathique voyage au centre de la connerie pure.... Added 23/08/2018 by Djamal

La saga de Grimr by Jérémie Moreau

Publication: Delcourt . 1 vol. (231 p.) 27 x 21 cm

Comment dans l'Islande du XVIIIèm siècle crevant de faim, enfoncée dans la misère après catastrophes naturelles, sous domination danoise et saignée par celle-ci, comment dans cette île aussi indomptable et sauvage que son personnage, qui ne croit qu'en la force de la tradition et de la famille, l'orphelin Grimr Enginsson ( '' fils de personne '' ), confronté à l'ignorance et la superstition crasse de ses compatriotes, aux épreuves qui le conduiront à une condamnation à mort, construira sa légende avec la force quasi-surhumaine d'un Troll...Quête initiatique et cruelle... Dans les paysages silencieux des hauts-plateaux, secs et uniques d'Islande, au pays des volcans, sublimé par les aquarelles de Moreau, pour qui ne craint d'avoir les pieds trempés et les mains glacées, errez avec Grimr parmi les lacs et les rochers noyers dans les brouillards, sous les regards bienveillants ( ou indifférents ) des Elfes... Prix Fauve d'Or au Festival d'Avignon... Added 21/08/2018 by Djamal

L'été en pente douce by scénario Pierre Pelot

Publication: Fluide glacial . 1 vol. (110 p.) 32 x 25 cm

Le jour de l'enterrement de sa mère, Fane débarque dans son village natal avec la belle Lilas, une jeune ingénue au charme irrésistible. L'arrivée de ce duo trouble Mo, le frère de Fane, simple d'esprit, et attise surtout la jalousie, la convoitise et la haine de certains habitants, en particulier le couple de garagistes Voke qui voudraient racheter la maison .... Jean-Christophe Chauzy revisite le roman d'origine publié par Pierre Pelot en 1980, adapté au cinéma en 87 ( avec Jean-Pierre Bacri, Pauline Lafont et Jacques Villeret ). Une histoire dérangeante servie par un dessin à l'aquarelle qui en intensifie la charge érotique. L'été en pente douce : canicule en bulles... Added 18/08/2018 by Djamal

Moonrise Kingdom by Wes Anderson, réal.

Publication: Studio Canal . 1 DVD vidéo (1h34 min) 24

La sortie en salle du dernier film de Wes Anderson « L’île aux chiens », nous a donné envie de présenter un autre « petit bijou » du réalisateur sorti en 2012. Moorise Kingdom se déroule dans les années 60 sur une petite île au large de la Nouvelle-Angleterre et raconte la fugue de deux jeunes amoureux, Sam et Suzy. Leur disparition va semer la panique dans de la petite communauté, nous laissant découvrir une galerie de personnages tragi-comiques. Le réalisateur s’amuse à confronter deux mondes : celui de l’enfance à celui des adultes (bien plus immatures) La mise en scène soignée et nostalgique, notamment par sa bande-son, nous invite à découvrir le paradis perdu de l’Amérique des sixties. A découvrir absolument…. Added 02/08/2018 by Laura

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Et si l'amour c'était aimer ? by Fabcaro

Publication: 6 pieds sous terre . 1 vol. 28 x 21 cm

Sandrine et Henri s’aiment passionnément, pour eux la vie de couple est un émerveillement quotidien mais tout bascule le jour où Sandrine rencontre un livreur de macédoine, le ténébreux Michel… Après le succès de Zai, Zai, Zai, Zai paru en 2015, où il se moquait de la société de consommation, Fabcaro s’en prend cette fois-ci à l’amour et au couple. En digne héritier de Gotlib, il nous livre une parodie de roman-photo complètement absurde et hilarante. Les phrases sont souvent en total décalage avec les images qui semblent sortir tout droit d’un épisode des « Feux de l’amour ». Si vous vous demandez «  La passion n'est-elle pas qu'une feuille morte emportée par une brise d'automne ?  » ou «  L'Arc-en-ciel des sentiments ne finit-il pas toujours par disparaître derrière le nuage de la réalité ? » et que vous aimez la macédoine, cette bande-dessinée est faites pour vous !

Added 02/08/2018 by Laura

Le dernier voeu by Andrzej Sapkowski

Publication: Milady . 1 vol. (381 p.) 18 x 11 cm

Dans ce livre, plusieurs nouvelles enchâssées dans une trame globale intitulée "La voix de la raison", relatent diverses aventures du sorceleur. Individu hautement intéressant, loin des traditionnels héros, le sorceleur possède un statut ambigu de paria indispensable qui forme tout l'intérêt de l'univers créé par Andrzej Sapkowski. Les influences de contes populaires sont bien présentes .

Outre le personnage principal, l'univers, qui semble vaste et cohérent, est ici dépeint d'une manière qui incite à continuer la lecture dans les autres tomes : pas d'intrigues trop complexes, pas de situations incompréhensibles pour qui n'aurait pas déjà une sérieuse connaissance des arcanes, bref, une fluidité et une clarté appréciables, que les lecteurs occasionnels ou assidus sauront apprécier.

Cette série va être adaptée sur la chaine Netflix en 2019. Added 01/08/2018 by Pierre

Sous les pavés la plage by [textes], Jean-François Bizot, Daniel Cohn-Bendit, Jean Daniel... [et al.]

Publication: la Sirène . 127 p. 29 cm

Mai 68 vu par Gilles Caron ( 1939-1970 ), commenté par 16 témoins privilégiés ( artistes, écrivains, intellectuels, journalistes , chacun son histoire pour une histoire polyphonique ), photographiant ( en noir et blanc ) la plus grande grève générale que la France ait connue. Depuis la fac de Nanterre pour s'étendre au monde étudiant puis toucher le monde ouvrier. Images de révoltes et de fête contre un pouvoir gaulliste qui chancellera pendant le mois, quand la jeunesse coincée contre les vieilles morales s'est révoltée contre l'ordre conservateur de la France paternelle, autoritaire, pompidolienne de la Vème République. Société corsetée, figée dans un machisme ordinaire ; elle bouillonnera d'envie de faire sauter les carcans.

Caron photographie et immortalise les formes de l'insurrection, la mise en danger de l'ordre républicain : barricades au Quartier Latin, lancés de pavés, charges de CRS, coups de matraques, ambiance de guérilla urbaine, manifs qui dégénèrent, saccage de l'espace public, batailles rangées avec les forces de l'ordre....restituant le bruit et la fureur dans une ville en état de siège. Amphithéâtres enfumés et occupés où la parole se libère pour débattre de tout. Euphorie de la grève générale paralysant l'activité économique avant la réaction conservatrice par l'immense contre manifestation gaulliste ( le 30 Mai ).... Visage de De Gaulle en icône fanée vieillissante, sur le départ ( '' 10 ans, ça suffit ! '' clament les étudiants ), dépassé par les évènements et doutant sur l'avenir. Meeting de Charlety ( le 27 ) où la gauche traditionnelle voit dans le désarroi du pouvoir l'opportunité ( ratée ) de le prendre. Elle a tenté en vain de récupérer le mouvement : Mitterrand annoncera sa candidature à l'élection présidentielle....

Crise étudiante, crise sociale, crise politique avant le retour à '' l'ordre '' quand triomphera la vague bleue gaulliste après les élections législatives de juin, choisie par la France '' silencieuse '' et conservatrice qui a eu peur du '' désordre ''. Après l'ivresse de la Marseillaise autour du soldat inconnu ( et la dissolution des groupuscules d'extrême gauche ), photo d'une piscine archi pleine, au lendemain des manifs, après les pénuries d'essence et la grève des éboueurs : les Français abasourdis ont exprimé leur malaise et leur ras-le-bol dans les urnes. Les pompes à essence réapprovisionnées, les voilà partir massivement pour le week-end de Pentecôte...changer d'air

Gilles Caron est la mémoire visuelle de cette époque, considéré comme la figure emblématique des photoreporters couvrant cette période ( voir même comme le photographe de Mai 68 ). Le célèbre photographe de guerre ( des Six jours, 67, Viet-Nam, Biafra 68, Irlande du Nord et Printemps de Prague 69 ), fige ici, la révolte et sa brutalité à travers un corpus d'images médiatiques les plus connues qui feront le tour du monde pour confiner au mythe. On retient souvent de Mai 68 ces photos dont certaines deviendront des icônes ( le sourire espiègle de Cohn Bendit face à un CRS; Caron en fera la figure de proue du mouvement, le lanceur de pavé anonyme - figure exprimant toutes les variations de la révolte - ou le slogan '' sous les pavés la plage '' ). C'est justement grâce à ( ou à cause de ) ses clichés que nous avons en mémoire...ses clichés ( de pavés et de barricades, d'évènements réduits à leur dimension étudiante, comme la concentration-invitation de quelques vedettes qui ont fait oublier la diversité des profils impliquées : qui connait le philosophe Robert Linhart et le mouvement des '' établis '', intellos de la gauche prolétarienne qui allaient trimer dans les usines pour préparer la révolte ? ). Images figées, récit solidifié à force d'avoir été raconté de la même manière avec ses lieux communs.... L'ouvrage rappelle néanmoins toute l'importance de l'image dans l'Histoire pour dire que si Mai 68 existe, il existe d'abord par l'image qui a façonné nos représentations de l'évènement.

Added 07/07/2018

This is us by John Requa, Glenn Ficarra, Ken Olin, George Tillman Jr., Craig Zisk, Silas Howard, réal.

Publication: 20th Century Fox . 5 DVD vidéo (18 x 41 min) 24

"This is us" nous propose une fresque de personnages sur trois générations en forme d'album de famille. On y découvre en flashback, des années 80 à aujourd'hui, Jack et Rebecca Pearson, les parents, Kate, Randall et Kévin, les enfants, et tous ceux qui ont croisé leurs chemins. Cette série a pour ambition de nous narrer la vie des gens, simple et compliquée à la fois. L'amour, l'amitié, la fratrie, les secrets de famille, les joies et les chagrins en sont les ingrédients. Ceux-là même qui nous émeuvent. Du premier au dix-huitième épisode, les personnages sont attachants. Leur portrait est vrai, subtil et touchant. Un casting et un scénario impeccables! Added 04/07/2018 by Marie

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Carnets d'Orient by Jacques Ferrandez

Publication: Casterman . 1 vol. (365 p.) 26 x 19 cm

La grande fresque de l'enchanteur Ferrandez sur l'Algérie coloniale ( 1836-1962 ) à travers le destin, l'itinéraire personnel de personnages anonymes. Au temps de l'Algérie française quand les Algériens n'étaient pas Français ! Premier cycle regroupant les tomes 1 à 5 ( sur 10 ), '' le Cimetiere des Princesses '' ( vol 5 ) s'achevant en 54 . Souci du détail, documentation remarquable, rebondissements historiques, récits haut en couleurs, réflexions populaires et lumière du Sud.... Intense et passionnant ! Chef-d'oeuvre incontournable pour une histoire qui puise aussi dans la mémoire familiale de l'auteur. Préface de Jean Daniel ( autre '' fils du Sud '' né en 1920 ) pour qui Delacroix plane sur ces carnets !...A savourer... Added 04/07/2018 by Djamal

Star trip by Eric Senabre

Publication: Didier Jeunesse . 1 vol. (264 p.) 22 x 15 cm

Avec son héroïne vive et spontanée, l’auteur nous entraine dans un « road trip » sur les routes poussiéreuses de l’Amérique où l’on croise des personnages hauts en couleurs et de nombreuses références à la culture américaine et anglo-saxonne qui donnent à ce livre un ton à la fois drôle et réaliste.

Added 04/07/2018 by Sacha

Les petites reines by Clémentine Beauvais

Publication: Ed. Sarbacane . 1 vol. (270 p.) 22 x 14 cm

Que faire quand on est élue « boudin », pour la troisième année consécutive ? Qui plus est par son ancien meilleur ami. Déprimer ? Pas question pour Mireille, adolescente à la langue bien pendue et à l’humour ravageur. Accompagnée de ses nouvelles amies, Astrid et Hakima, elle décide de se rendre au palais de l’Élysée... à vélo ! A travers ces trois personnages aux caractères bien trempés, l’auteur nous entraîne dans un périple haut en couleur, où les répliques fusent et les rencontres s’avèrent surprenantes ! Originales, fonceuses et attachantes, ces petites reines nous tiennent en haleine jusqu’au bout.. Added 04/07/2018 by Sacha

Les Proies by Sofia Coppola, réal.

Publication: Universal . 1 DVD vidéo (1h 33 min) 24

Pour ce nouveau film, Sofia Coppola a décidé d’adapter le roman « Les Proies » de Thomas P. Cullinan, qui avait déjà été porté à l’écran en 1971 avec Clint Eastwood dans le rôle du caporal. Cependant la réalisatrice a choisi de donner plus d’importance aux femmes et de ne pas se contenter du point de vue masculin, ce qui apporte un nouveau regard sur la psychologie des personnages. Added 04/07/2018 by Sacha

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L'affaire Furtif by Sylvain Prudhomme

Publication: Gallimard . 1 vol. (125 p.) 19 x 14 cm

Dans ce roman l’auteur, Sylvain Prudhomme nous raconte l’histoire d’un voilier en cavale. Une poignée d’hommes et de femmes originaux, débarque dans un archipel de l’Atlantique Sud, sans aucune autre présence humaine. Ce choix de partir vivre dans l’Antarctique, dans ce chapelet d’îles, a été fait pour y prendre un nouveau départ. Le rêve d’une nouvelle vie, d’une vraie vie. Une histoire très intense, délirante, burlesque et pleine de poésie. Sylvain Prudhomme fait une description très détaillée sur les algues qui entourent ces îles si mystérieuses. A travers ce roman, nous avons l’impression de participer à cette incroyable expédition. Un vrai suspens du début à la fin. Added 03/07/2018 by Térésa

Le pouvoir by Naomi Alderman

Publication: Calmann-Lévy . 1 vol. (393 p.) 22 x 14 cm

Que se passerait-il si les femmes prenaient le pouvoir ? Naomi Alderman, dans cet intriguant roman de fiction spéculative, apporte une réponse. Car un jour, les femmes découvrent qu’elles peuvent envoyer des décharges électriques à volonté, et donc se défendre envers les violences qu’on leur fait subir… mais aussi attaquer. Désormais, ce sont elles qui ont le pouvoir, et elles sont bien décidées à l’utiliser afin de recréer le monde à leur façon. Feront-elles mieux que les hommes ? À travers le destin de quatre personnages, dont Mère Eve créatrice d’une nouvelle religion, l’auteure nous emmène dans un univers incroyablement riche où les rôles traditionnels sont inversés, et questionnés avec beaucoup de justesse. Added 30/06/2018 by Lucile

De nos frères blessés by Joseph Andras

Publication: Actes Sud . 1 vol. (139 p.) 22 x 12 cm

En 57, la violence aveugle frappe les têtes et les ventres au hasard à Alger. Les premiers attentats revendiqués par le FLN mettent la ville à cran. Le fossé se creuse entre communautés...Fernand Iveton, militant communiste engagé dans les réseaux pro-FLN, a été arrêté après avoir posé une bombe dans son usine à gaz, à proximité toutefois, loin des ouvriers, dans un local vide, pour ne pas faire de victimes. Le geste est symbolique, du sabotage en somme : Fernand n'est pas un meurtrier mais un '' combattant '' qui condamne la violence aveugle et veut prouver par son action que tous les Européens d'Algérie ne sont pas anti-Arabes. Héros pour le FLN, traître pour l'opinion publique...La bombe n'a pas explosée, désamorcée...Arrestation, prison, torture, tribunal militaire : on s'apprête à juger un félon qui encourt la peine de mort...tandis que ses avocats tenteront d'obtenir la grâce auprès du président René Coty.

Mais qui se souvient de Fernand Iveton, Pied-Noir typique ( père français, mère espagnole ), né à Alger en 26, guillotiné pour l'exemple en 57 ? D'après les propos d'un ancien ministre ( Roland Dumas ), un certain François Mitterrand, alors ministre de la justice ( qui examinait les recours en grâce et procédait au vote ) avait tenu à abolir la peine de mort pour '' se racheter '' une fois arrivé au pouvoir en 81, de ses décisions prises pendant la Guerre, dont celle d'avoir participé à l'exécution d'Iveton...Et dans son récit documenté nourri de l'enquête du journaliste Jean-Luc-Einaudi, l'auteur précise que celui-ci n'aura rencontré au cours de ses recherches que le '' silence de l'Etat ''...

'' L'affaire Iveton '' est donc une histoire qui reste à écrire, Iveton qui, malgré son souci de ne pas faire de victimes, sera le seul Européen guillotiné ( pour l'exemple ) par l'Etat, durant la Guerre d'Algérie.

L'écriture devient pour l'auteur le moyen de rendre justice à l'homme quand la justice s'est montrée indigne face à l'arbitraire et la parodie, face à l'absence d'instruction préalable à l'affaire...condamné par le Tribunal militaire à la peine capitale au motif qu'il avait voulu faire sauter Alger ( histoire de mobiliser l'opinion '' Pieds-noir '' ). L'auteur raconte ainsi, sous une forme haletante et rythmée, la mise à mort rapide du militant et revient sur la vie et le parcours d'un homme simple, d'un idéaliste algérien ( comme il se définissait ) qui aima cette terre, la sienne, qu'il voulut pour tous. Le courage exceptionnel d'un héros modeste et clairvoyant ( mort à 30 ans ), imprégné d'un idéal communiste qui l'aura conduit à la lutte anticolonialiste et à l'adhésion du FLN. '' La vie d'un homme, la mienne, ne compte pas. Ce qui compte, c'est l'Algérie, son avenir...''. Paroles laissées comme un message aux générations qui vivront l'Algérie indépendante.

Prix Goncourt du 1er roman 2016, distinction déclinée par l'écrivain car pour lui '' la compétition, la concurrence et la rivalité sont des notions étrangères à l'écriture et la création ''...Mais ceci est une autre histoire...

'' Fernand n'aspire qu'à une seule chose, que l'Algérie finisse par reconnaître chacun de ses enfants d'où qu'ils viennent, qu'importe, arabe, berbère, juif, italien, espagnol, maltais, français, allemand...Des millions de gens sont nés sur cette terre et quelques possédants, quelques petits barons sans foi ni loi, régentent le pays avec l'aval, et même l'appui des gouvernements successifs : il faut en finir avec ce système, débarrasser l'Algérie de ces roitelets et fonder un nouveau régime sur une base populaire, celle des travailleurs arabes et européens, ensemble, les gens modestes, les petites et les modiques de toutes les races pour mettre à bas les voyous qui les rançonnent et les oppriment. Le grand-père se gausse : voilà qu'il reprend ses lubies de communiste, l'écoutez pas mademoiselle Hélène, l'écoutez pas, c'est la mer en crue quand il s'y met et toutes les digues s'effondrent...''

Added 29/06/2018 by Djamal

Le Déserteur by Maurienne

Publication: Manya . 95 p. 21 x 13 cm

En 57, dans une caserne où les soldats évitent de parler politique, trois appelés sur le point de partir en Algérie prennent position en refusant de s'engager dans une guerre sans nom qui ne dit pas son nom. Un drame de conscience dans une guerre qui détruit moralement. Contre la torture, la '' corvée de bois '', les exécutions sommaires et le mépris de '' l'Arabe '', '' l'Arabe '' que l'armée parque dans des camps d'internement et de regroupement. Ces trois-là auraient voulu que leurs '' camarades '' les suivent, persuadés de la légitimité des revendications des combattants algériens. Ces trois-là ( Jean, le narrateur, communiste '' contestataire '' et fils de Résistant, Alain, chrétien progressiste et Bernard, vaguement anar ( histoire de montrer que la '' gauche '' dans son ensemble ne pouvait être que révoltée par la '' pacification '' menée par les '' socialistes '' au pouvoir ), choisiront, après mûre réflexion, la désertion '' engagée '' ( une action '' totale '' ) et la liberté ( plutôt que de pourrir en prison ou au bagne, dans le désert algérien ), en accord avec leur conscience.

Deux rencontres décisives ( un jeune algérien qui le sensibilisera lors d'un stage de théâtre à la tragédie de son peuple et un docteur pro-FLN ), finiront par convaincre Jean d' intégrer un réseau clandestin actif pro-FLN de soutien aux indépendantistes, en aidant les algériens sans papiers, traqués par la police, à franchir la frontière...

Publié en 60 aux Editions de Minuit, le Déserteur, récit autobiographique d'un itinéraire affectif et intellectuel d'un insoumis, fut aussitôt interdit et frappé de saisis ...et aussitôt lu et propagé sous le manteau par le milieu étudiant. Ouvrage emblématique pour avoir, le premier, expliquer et justifier la désertion pendant la Guerre d'Algérie et attirer l'attention sur le sort des 15000 insoumis et objecteurs de conscience ( sur les 1 200 000 appelés, d'après l'historien spécialiste de la question, Tramor Quémeneur ). On comptera ainsi 23 ouvrages de l'éditeur saisis entre 57 et 62, aux côtés de '' La Question '' d'Henri Alleg , '' Notre Guerre '' de Francis Jeanson, le '' Refus '' de Maschino ou '' Le désert à l'aube ( Noel Favrelière ), qui inspirera le film '' Avoir 20 ans dans les Aurès (1972 ).

Un Déserteur très instructif sur le désarroi de ces jeunes politiquement engagés ( à gauche ) mais désorientés par une gauche divisée ( à côté d'une extrême gauche naissante ) : entre un Parti Communiste jugé depuis la Guerre Froide infréquentable par les partis mais qui rêve de réintégrer le jeu politique, qui exclue '' ses déserteurs '' pour s'être coupés du peuple qui combat dans le djebel ( mais qui gémit dans les banlieues '' Paix en Algérie '' ) et la politique '' pro-guerre '' de '' pacification '' ( c'est-à-dire de répression ) menée depuis 56 par un gouvernement '' de gauche '' ( socialistes et radicaux ), qui avait été élu pour faire la paix ! Les Guy Mollet, Lacoste et Mitterrand ( alors ministre de l'intérieur ) avaient peur de passer pour de mauvais patriotes, pour des traîtres à l'Occident et sa sacro-sainte mission civilisatrice.

Désarroi enfin de l' opinion et de la classe ouvrière, lassés des guerres et des coûteuses expéditions coloniales ( Après l'Indochine en 54, le niveau de vie d'un ouvrier est inférieur à ce qu'il était en 38 ), désarroi de ces parents et jeunes ( r )appelés qui manifestaient dans les gares ou dans les camions et s'étaient rebellés en freinant le départ des trains pour Marseille.

En créant son réseau '' d'insoumission '' ( le '' mouvement Jeune Résistance '' ), l'auteur ( Jean-Louis Hurst, décédé en 2014 ) contribuera à l'éclosion, par cette forme d'opposition radicale, d'un mouvement apartidaire qu'on apellera '' le gauchisme '', et, en 60, parmi les étudiants sympathisants ( UNEF, jeunes du PSU...), parmi ceux qui assisteront au procès du réseau Jeanson ( les '' porteurs de valise '' pro- FLN ), procès rapidement transformé en tribune de l'opposition, ceux qui exprimeront leur dégoût de la guerre ( et qui auront croisé des intellectuels du Tiers-Monde ) seront aussi les mêmes qui animeront Mai 68...

Added 23/06/2018 by Djamal

L'hôte by Jacques Ferrandez

Publication: Gallimard . 62 p. 32 x 24 cm

Adaptation d'une nouvelle de Camus ( extrait de l'Exil et le Royaume - 1957 ) par Ferrandez qui restitue comme à son habitude, la lumière, la couleur et l'éclat des paysages. Planches peu bavardes, quasi contemplatives qui laisse une large place aux paysages. Ensemble un peu court. Pour bien comprendre le propos, mieux vaut lire le recueil de nouvelles.

Dans une école de campagne plantée sur les hauts-plateaux algériens où sévit la sécheresse, l'instituteur Daru ( né sur cette terre ) est chargé par son ami gendarme d'escorter un prisonnier Arabe ( dont on ignore le nom, coupable, dit-on, d'avoir tué son cousin pour une histoire de grain ), jusqu'à la prison la plus proche. Daru ne comprend pas cette histoire et juge la tâche ingrate. Il le relâche, prend soin de lui, le loge, partage le repas, entame ( en arabe ) la conversation puis observe le lendemain, que '' le prisonnier '' est toujours là, dormant paisiblement...Ils prennent la route ensemble jusqu'au sommet d'une colline et après lui avoir donné de quoi subvenir à ses besoins, l'instit offre à l'homme la liberté de choisir ( son destin ), lui indiquant deux chemins: celui menant vers la prison ou, à l'opposé, la piste qui le conduira aux pâturages de nomades qui sauront l'accueillir et l'abriter selon la loi.....Puis lorsque Daru retrouve son école, c'est pour lire sur le tableau noir cette menace : '' Tu paieras pour avoir livrer notre frère ''...

Et voilà un '' héros '' impuissant face au jugement de l'autre, qui devient ( chez lui ), étranger, condamné à la solitude et à l'exil. L'hôte ( 1957 ), écrite dans le contexte de la guerre d'Algérie, évoque les déchirures de l'écrivain face à la tragédie qui se profile, dans un pays divisé, fracturé entre deux communautés qui ne se comprennent pas, très éloignée de l'Algérie rêvée par Camus : de fédérer deux peuples à la France, contre l'arbitraire et l'injustice plutôt qu'une indépendance '' reliée à un empire d'Islam qui ne réaliserait à l'intention des peuples arabes qu'une audition de misères et de souffrance et qui arracherait le peuple français d'Algérie à sa patrie naturelle '' . Deux peuples fédérés dans le respect de l'autre ( c'est l'amitié possible entre les deux personnages qui partagent le pain et se questionnent ). Camus s'apercevra rapidement, lorsque l'engrenage sera déclenché ( comme l'indique la menace sur le tableau annonciatrice de la violence généralisée ), que rien ne sera plus possible lorsque la haine répondra à la haine.

La nouvelle fait ainsi résonner le dilemme de l'auteur : fidèle aux valeurs qui sont les siennes, il ne peut renier son identité en se ralliant à l'indépendance comme il ne peut cautionner la violence aveugle déchirant le pays. Et comme son personnage, face à ce qui se joue, Camus se retrouve placer dans une situation inconfortable qui résume parfaitement '' l'hôte '', déchiré entre l'amour de cette terre qui est la sienne, qu'il connait bien et qui l'a vu naître mais de laquelle il se sent rejeté, avec ce sentiment d'être un exilé chez soi, face au contentieux communautaire.

Added 16/06/2018 by Djamal

Girls by Lena Dunham, Richard Shepard, Jesse Peretz, Jody Lee Lipes, réal.

Publication: Warner / HBO . 2 DVD vidéo (10 x 26 min) 24

Les « Girls », ce sont Hannah et ses copines, toutes aussi déjantées les unes que les autres. Lena Dunham, créatrice de la série et interprète du personnage principal, nous fait suivre cette bande de copines new-yorkaises, pour qui le passage à l’âge adulte est synonyme de quête identitaire et d’expérimentations pour le moins hasardeuses… et ce, pour notre plus grand plaisir ! Décomplexée, caractérielle, tourmentée, capricieuse et surtout autocentrée, Hannah est un personnage atypique et attachant, loin des stéréotypes du genre, comme « Sex & the city ». Et nous on adore ! Added 15/06/2018 by Sonia

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